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Interview : DSK
10 / 2006


C’est après avoir fait lire la critique d’Oppressed/Deformed à Marc (batteur du groupe) que celui-ci me faisait par de son avis concernant l’article. La conversation s’est imposée naturellement et s’est muée en interview dont les réponses sont très intéressantes à lire :



Marc : Merci pour la chronique de notre dernier album. Je trouve les remarques assez justes mais surtout car d'autres fanzines les ont faites également. Si plusieurs personnes ressentent ces choses c'est qu'elles existent. Les points négatifs que vous soulevez ont été donnés positifs (mais remarqués, donc encore une fois ce sont des éléments qui caractérisent ce disque) par d'autres chroniqueurs... C'est amusant de constater ces différences de sensibilités. (…)


MF : Vous estimez certaines remarquent justes parce que déjà vu par d'autres critiques mais vous ne semblez pas vraiment d'accord au fond de vous. Je suis curieux de savoir de quoi il s'agit. Vous pouvez en dire plus?
Marc : On ne peut pas non plus défendre un disque sur tous les plans ni à chaque critique mais puisque l'occasion m'en est donnée, je le fais ;-)
Nous avons voulu un son résolument différent des prods actuelles. Cela nous a amené à forcer l'équa de l'ambiance... d'où cette impression de son sourd et pas précis. Nous avons eu pas mal de critiques nous disant que le son était très propre mais pas trop, le son précis mais pas trop, un son intéressant et original dans les prods qui sortent actuellement. D'autres critiques sont négatives vis-à-vis du son. Comme dans la chronique de Metalfrance.
Les voix sont parfois critiquées négativement mais également remarquées comme étant variées et bien maîtrisées. Bref, on a le jour et la nuit. C'est intéressant.
Non pas que je ne sois pas d'accord (car, que je le sois ou pas, il y a une règle du jeu qui est de volontairement s'exposer à des critiques qui pourraient ne pas être positives en envoyant mon disque pour la promo) je remarquais juste ces différences flagrantes de point de vue sur des points récurants. Donc je trouve cela amusant à constater. De la même manière (et cela est plus personnel au groupe), j'étais persuadé que nous avions évolué vers une musique plus grind, hardcore et aie donc axé ma promo là-dessus et en recevant certaines critiques, je me suis aperçu qu'on parlait de death metal assez old-school et pas du tout de hardcore ou de grindcore.
D'où cette différence entre ce que moi je pense de mon disque et ce que d'autres personnes peuvent en penser. Cela m'oblige à prendre du recul sur sa musique et peut-être l'écouter avec un autre état d'esprit.
Voilà. Donc, il n'y a rien dans la chronique de Metalfrance qui me fasse m'insurger et de toute façon je n'aurai pas à le faire puisque c'est moi qui demande les chroniques. Cela en reviendrait à tendre un bâton pour me faire frapper et ensuite le reprocher à celui qui l'aurait saisi. Alors c'est cool et c'est même agréable que l'on ait pu entamer une petite discussion au-delà de cette chronique (et puis c'était noté dans le mail que je pouvais donner un peu mes impressions... alors j'ai saisi l'occasion... et j'ai eu raison puisque j'ai eu une réponse ;-)


MF : Vous parlez d'approche vers le grind, serait-ce un désir de votre part? (si oui pourquoi)

Marc : Pour être franc, je ne crois pas que cela soit un désir que d’orienter sa musique d’un côté ou de l’autre. Au sein de DSK nous écoutons tous des choses complètement différentes mais le hasard a fait que nous soyons sensibles et avons été affectés musicalement par les mêmes petites particularités techniques. Ce qui a fait que nous nous sommes, au fil des compositions des chansons pour ce disque, dirigé vers un style résolument plus grind c’est plutôt une réaction de cause à effet.
Les guitaristes avaient peut-être fait le tour du côté thrash de DSK et sont venus un jour avec quelques riffs plus coulant, plus « groovy » du style accords de force exécutés rapidement. Des parties batteries très groove et heavy colleraient parfaitement sur ces riffs mais ce n’est pas du tout ce que cela m’inspire. Cela m’inspire plus des parties grind car lorsque l’on joue ses riffs plus rapidement qu’ils ne m’ont été présentés on obtient le riff grind typique. Rapide, bruyant et répétitif. Je suis fan inconditionnel de Napalm death et de toute la vague grind de la fin des années 80 et j’ai peut-être eu tendance à en mettre partout sur le nouveau DSK mais nous aimons définitivement jouer vite et tenons beaucoup à cette orientation.
Nous avons sélectionné les meilleures idées les plus extrêmes afin que je puisse évacuer tous les démons qui traînent en moi par le biais des parties batterie très rapides et une fois que j’ai été bien fatigué, nous avons pu incorporer des éléments plus variés mêlant death metal old-school, thrash metal, hardcore et rock’n’roll.
Pour résumer, nous nous sommes influencés les uns les autres car nous avons à la fois su trouver les idées qui n’allaient pas forcément dans la direction imaginée à la base et garder cette dose de « tellement prévisible » qui permet de se mettre à danser sans avoir besoin de connaître le disque. Nous voulions un disque évident, plus punk, plus proche de ce que nous sommes sur scène. Nous voulions que le public puisse se dire : « je suis curieux de voir cela en concert ».




MF : Pourtant l'esprit grind est bien animé par le désir de vouloir prendre à contre-pied l'auditoire non ? Comment concilier cela et je vous cite: "garder cette dose de « tellement prévisible » qui permet de se mettre à danser sans avoir besoin de connaître le disque" ? (C'est cet élément qui me fait penser que votre groupe ne fait pas de grind ;)

Marc : Pour moi, l’esprit grind est très simple. Bien sûr il prend à contre-pied un auditoire mais uniquement celui qui n’est pas habitué à ce registre musical. J’entends par là que les conventions musicales sont bouleversées et que cette musique ne peut être comprise par tout le monde. La musique est en adéquation avec le message. Le message est fort, la musique est intense. Le message est inintelligible, la musique est bruyante.
Nous ne sommes pas un groupe de grindcore car notre musique est beaucoup plus variée, moins ciblée mais nous jouons avec cette énergie punk, directe et sincère. Ce que j’aime dans le grindcore c’est que cette musique se mérite. On ne peut pas la jouer autrement qu’avec de la rage dans le ventre, c’est une musique qui demande beaucoup au corps et au coeur. Elle demande d’être honnête avec soi-même et avec le public. C’est à la base, une musique à messages, une musique engagée. Il faut donc capturer le public dans ses filets assez facilement d’où cette notion de « tellement prévisible ». Ce n’est pas une musique cérébrale, ce n’est pas une musique technique au sens de "fournie en plans", en pratique musicale délicate. Le grindcore ce n’est pas Necrophagist par exemple. Le grindcore est plus rock’n’roll, plus facile à appréhender car il fait immanquablement appel à ce quelque chose de primal que nous avons tous au fond du bide. Mettez un auditeur lambda devant Napalm death, il en ressort stupéfait. Pour DSK, nous avons toujours eu des remarques venant de personnes n’écoutant aucune musique extrême et qui, après un concert, sont venues nous voir pour nous dire qu’elles avaient passé un moment très étonnant et agréable. Elles n’ont pas eu à subir la prestation car la suprise était au rendez-vous avec un registre extrême qui ne leur est pas connu et une énergie très simple et fédératrice. Ce que j’aime dans le grindcore et qui apparaît dans DSK c’est que l’on joue comme on est. Pas d’artifice, pas de démonstration, ce qu’on ne sait pas faire on ne le fait pas (même si on aime l’entendre chez les autres), on joue pour le public, avec et dans le public et on sourit sur scène. Le grindcore c’est cela. Tout le monde est là pour passer un bon moment : le public et le groupe. On est pas là pour réfléchir durant le concert mais avec ce type de contact pendant le set, on invite inévitablement au dialogue une fois sorti de scène. Une fois calmés, on peut échanger et discuter du message.


MF : Comment se déroulent vos répétitions?

Marc : Cela dépend des périodes. A l’heure actuelle, nous faisons tourner notre set pour le roder en vue des prochains concerts. Nouvel album oblige, nous sommes tenus de présenter un maximum de titres de « Oppressed/Deformed » sur scène alors nous recherchons le meilleur ordre possible. Par contre, lorsque nous sommes en période de composition le travail est surtout individuel. Nous nous retrouvons au local de répétition afin de mettre à l’épreuve les idées que nous avons eues pour une nouvelle chanson. Il doit être étrange de se dire qu’une musique énergique et « primaire » comme la nôtre est aussi terriblement cérébrale. Nous cherchons toujours la meilleure idée et nous cherchons surtout à nous faire plaisir. Nous avons envie de faire sonner nos riffs et surtout, nous avons envie de nous pointer en studio en étant certains et fiers de mettre ces chansons sur bandes.
Il y a mille façons d’aborder une chanson, y penser tous les jours est la meilleure manière de mettre en place les plans instrumentaux et vocaux qui lui collent le plus à la peau. En phase de composition, nous sommes au local pour apprendre à jouer et placer toutes les idées que nous avons eues depuis la dernière répétition. Ce qui est très agréable c’est de sentir que la direction que prend un des musiciens du groupe va permettre, à certains moments, d’amener sans avoir à se torturer les méninges l’esprit du riff ou du plan suivant.
Ce qui est agréable également, c’est de passer d’un morceau à un autre. C’est très libérateur et pourtant très contraignant car nous sommes soucieux de proposer de la variété dans un album. Certes, nous avons une ligne directrice, une sorte de fil rouge que l’on peut percevoir à travers chaque chanson, mais nous ne voulons pas nous répéter…du moins le moins possible. C’est ainsi qu’il y a un monde entre « My Reason To Kil »l, « De Profundis Clamavi » et « Cut My Dic k ». Ces trois titres sont sur le même album et pourtant ils auraient pu être composés par des groupes différents.

Propos recueillis par Darkgrinder

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