Du métal italien on connaissait Rhapsody, Lacuna Coil, il faut désormais compter avec Ephel Duath, qui est certainement l’un des groupes les plus intéressants du moment, proposant un travail abouti aussi bien sur le plan musical ( un mélange ébouriffant de métal extrême et de jazz ) que conceptuel.
MF : Votre premier album était classé Black métal, on peut dire qu’avec The Painter’s Palette vous avez radicalement changé de style, comment l’expliquez-vous ?
Davide Tiso : Depuis nos débuts nous avons approché le mouvement Black métal uniquement pour des raisons musicales, mais absolument pas pour l’attitude. Musicalement, il y avait des points communs avec des groupes de Black métal norvégien comme Emperor ou Limbonic Art, mais nous avons essayé de nous écarter le plus possible de l’étiquette ambiguë “black métal” : c’est tellement éloigné de nos idées ! Ce mouvement est très fermé et restrictif, le concept du groupe en est exactement l’inverse.
The painter’s palette est tout simplement une nouvelle et importante étape dans notre évolution expérimentale. Je ne suis pas capable « d’expliquer » mais je peux souligner les différents facteurs qui ont probablement abouti à ce résultat : la séparation de l’ancienne formation, les différents background musicaux des nouveaux membres, mais par dessus tout, mon souhait de progresser grâce au support d’une excellente équipe, et avec un label et un management qui croit en nos capacités. Je voudrais ajouter que l’esprit et les racines du groupe sont toujours les mêmes, et ce même si Ephel Duath a changé de visage. Le souhait d’expérimenter, le souhait d’aller au delà des restrictions des genres, le souhait de tenter de créer un son personnel immédiatement identifiable est toujours là et je dirais même qu’il s’est accru au fil des années. J’ai le sentiment que nos efforts sont de plus en plus concentrés et que nos projets sont eux de plus en plus ambitieux.
MF : The Painter’s palette est sorti depuis quelques mois, quels sont les retours ?
Jusqu’à présent les réactions des gens ont été très surprenantes : beaucoup de chroniques avec la note maximale, beaucoup d’apparitions dans les playlist 2003 de divers magazines et par dessus tout une excellente réponse du public. Cet album a sans aucun doute offert à Ephel duath la possibilité d’élargir son public. C’est quelque chose de très excitant de découvrir jour après jour les réactions des médias à notre travail. Notre musique peut aussi être appréciée par des gens qui ne sont pas dans le monde du métal extrême, et ça c’est quelque chose qui me rend très fier.
MF : Vous réalisez un mélange de métal extrême et de Jazz, est-ce quelque chose que vous avez recherché dés le départ ou est-ce que ce fut l’inspiration du moment ?
Je n’essaye pas de jouer de la musique qui pourrait être considérée comme un mélange de différents genres ... Je joue juste ce que je ressens. Je ne fais pas attention à ce genre de considération. La spontanéité du groupe se retrouve dans chaque choix musical et artistique. C’est notre secret. Il y a un équilibre entre l’utilisation de structures puissantes et le souhait de créer quelque chose de fluide et d’harmonieux, or dans ce but il est important de garder le maximum de spontanéité, c'est ce qui s’est passé pendant tout le processus de composition, mais aussi dans la phase d’enregistrement en studio pour le choix des sons, des effets et des arrangements finaux.
MF : Votre batteur est plus âgé que le reste du groupe, et il vient de la scène Jazz, que peux-tu dire de son intégration ? N’y a-t-il pas eu quelques difficultés ?
Davide Piovesan est un batteur professionnel de 48 ans qui vient de la scène Jazz/rock. Il a immédiatement rejoint le projet avec beaucoup de curiosité et une attitude très positive, mais je dois admettre que sa première réaction à mon offre avait été quelque chose comme : “Es-tu sûr de vouloir détruire ta jeune carrière et ton prestigieux contrat avec Earache en jouant avec un vieil homme comme moi ?”. Après une courte période d’adaptation il s’est immédiatement accordé à ma conception musicale. Il a eu quelques problèmes durant la composition ( dus au fait que je n’étais pas vraiment capable “d’expliquer” mes lignes de guitare ), mais sa grande détermination a permis de les résoudre. Ephel Duath représente un challenge important pour lui, pour cette raison il essaye de mettre le plus d’énergie possible dans le groupe. Jusqu’à présent les réactions des gens à son style sont très positives et amusantes. Beaucoup de personnes sont très étonnées d’entendre ses parties groovy et techniques, de plus le fait qu’il ait 48 ans étonne la plus part des gens ...

MF : Je trouve que les parties de batterie sont justement très intéressantes parce que Davide Piovesan préserve son propre style. Est-ce que l’intégration de rythmiques Jazz sur de la musique heavy a été quelque chose de facile à réaliser ?
Dès les premiers essais en salle de répétition, j’ai réalisé que l’intégration des rythmiques jazz à mes riffs heavy était extrêmement facile. C’est seulement pour cette raison que j’ai décidé de continuer avec ce curieux line up, c’est pour cette raison que The Painter’s Palette est né.
MF : Dans Le Seigneur des Anneaux, Ephel Duath est la chaîne de montagnes qui sépare les royaumes de Mordor et du Rohan. Comment vois-tu le rapport entre votre nom et votre style de musique ?
Nous avons choisi ce nom pour la sonorité profonde et mystérieuse que les mots Ephel Duath crée en chacun de nous, et bien sûr pour le lien avec la mythologie de Tolkien. Il n’y a pas de raison d’expliquer ce choix à la vue de notre nouveau style, en fait pour beaucoup de personnes ce nom était parfait pour nos origines extrêmes mais très inapproprié pour notre nouvelle orientation. Personnellement, je pense qu’il peut permettre d’attirer immédiatement l’attention sur les sentiments négatifs qui habitent les racines de nos morceaux.
MF : Le concept de votre album est la couleur, pourtant l’artwork et entièrement noir et blanc, pourquoi ce choix ?
The painter’s Palette essaye d’être la sublimation des libres interprétations, et les couleurs sont, de mon point de vue, le parfait symbole de ce désir : n’as tu jamais remarqué le nombre de sentiments curieux et variés qui peuvent être engendrés par la vue d’une même couleur par deux personne aux sensibilités différentes ? Pendant la phase de composition, immédiatement, j’ai associé notre musique à des couleurs, et pour totalement m’exprimer je les ai reporté sur les titres, mais ce ne sont pas des guides : c’est la raison de l’artwork noir et blanc. Donc ces neuf rayons de couleur que vous allez chercher dans nos morceaux vont essayer de de vous frapper, absorbez les avec la plus large des perceptions possibles et vous comprendrez le sens complet de notre travail.
MF : La peinture est une passion pour toi ? Quels sont tes artistes préférés ?
La peinture est une des grandes passions de ma vie, je me suis intéressé à cet art dès les premières années de ma vie. J’ai toujours été fasciné par les peintres qui avaient concentré leur attention sur l’utilisation des couleurs, comme Chagall et Mirò par exemple. Ils ont offert aux couleurs une nouvelle dimension et leur recherche technique a vraiment été importante pour ma formation artistique. J’aime aussi Magritt, Dalì et Pollock pour leur attitude folle et innovatrice. De plus j’ai été frappé par les peintres qui ont mis dans leurs peintures des émotions comme la souffrance ou la solitude. Je veux parler des dernières oeuvres de Goya, une sorte de testament d’un homme désespéré, Turner et Friedrich avec leur vison de l’homme écrasé par une nature qui aurait repris son pouvoir primaire, mais aussi les travaux apocalyptiques et horrifiques de Bosch et de Bruegel. Sinon en terme de style j’adore le génie de Shiele and Klimt.
MF : Peut-on espérer voir Ephel Duath en concert en France ?
Pour le moment il n’y a pas de tournée prévue, mais il y a de bonnes chances pour que nous tournions en Europe ( et donc en France je pense ) au printemps. Pour plus d’informations écrivez à notre management ( managment@auralmusic.com ), ou visitez leur site internet : www.auralmusic.com.
MF : Avez-vous commencé à travailler sur votre troisième album ? Si oui, à quoi peut-on s’attendre ?
J’essaye de donner à cet album la puissance et la liberté de la musique contemporaine. Il n’y aura pas de structure, peu de refrains et par dessus tout aucune barrière. Un exemple : avais-tu remarqué que l’utilisation des voix sur The Painter’s Palette est un des seuls éléments qui tend à ordonner la musique ? Inconsciemment l’auditeur suit la voix pour y trouver une sorte de référence dans l’apparent chaos général. Maintenant la voix sera utilisée comme un instrument supplémentaire et apparaîtra lorsqu’elle sera absolument nécessaire, tu peux imaginer que le résultat sera extrêmement déstabilisant.
MF : Un dernier mot ?
Merci pour ces questions intéressantes et pour votre support. Pour plus d’informations ou pour télécharger des vidéos ou de la musique, visitez notre site web :
http://www.ephelduath.net . Je vous donne aussi l’adresse du nouveau label que je viens de créer :
http://www.amaranthrecordings.com . Il produira des disques d’electro-noise, de post Hardcore, de Post rock et de Dark Wave.
Propos recueillis par Bloody