Uni aux cimes aura charmé nombre d'auditeurs. Ses ambiances et aspirations singulières offrant aux compositions de l'album une saveur unique.
Voici l'occasion de caresser l'état d'esprit et les pensées de ses membres.
MF : « Unis aux cimes » ; Pouvez-vous nous expliquer le pourquoi de ce choix pour le nom de votre album ?
CLEVDH (batterie) : Ce titre nous semblait intéressant, car il a l'avantage d'englober dans sa signification, une grande partie des thèmes que nous abordons au sein de cet album. Ce qui se profile donc derrière, c'est d'abord une progression, une élévation qui s'accompagne d'une manière nouvelle d'aborder ce qui, sous l'influence de l'habitude et du quotidien, se voile et ne se fait plus sentir. Ici "le voile tombe", car il y a justement une prise de distance avec le "bien connu" et "le ce qui va de soi", pour tenter d'interroger ce qui soi-disant n'interroge pas. C'est donc un regard nouveau que nous portons sur nous-même et ce qui nous entoure, il s'agit maintenant de s'extirper de ce qui presse et empêche de penser dans la ré-action, pour prendre le recul et le temps nécessaires à l'élaboration d'une action véritable. En effet, du haut des cimes l'agitation permanente du bas se trouve comme suspendue, d'ailleurs la solitude qui y règne rappelle d'une part combien l'ascension est périlleuse et sélective, mais elle révèle surtout à quelle point l'élévation doit s'accompagner d'un isolement qui s'il est fécond, n'en demeure pas moins l'un des plus sévères et difficiles à supporter. De la résistance faut-il alors, pour s'accoutumer à cet air vif qui souffle là où le regard se fait panoramique, mais également de l'audace et de la légèreté pour oser s'aventurer dans une autre façon de penser, qui à la rigidité et la fixité des concepts oppose la souplesse d'un esprit qui danse avec eux, en s'y appuyant sans jamais s'y retenir. De fait, du haut des cimes la "vérité" semble bien plus complexe qu'elle ne pourrait le laisser penser; non pas pour des raisons mystiques ou transcendantales, mais bien par souci de probité et d'honnêteté philosophique. Il en résulte ainsi une part de doute et de scepticisme qui nous oblige à jouer et à jongler avec les perspectives, pour pouvoir jouir des contradictions constitutives de l'existence sans en périr directement pour autant.
MF : Qu’est-ce qu’Orakle représente pour vous personnellement ?
CLEVDH: Beaucoup de choses qui rythment ma vie au quotidien, et que je ne soupçonne donc pas pour la plupart, car trop près de ma chair et de ma personne pour que je puisse les porter à la représentation d'une manière naturelle et totalement déliée. Tu sais, lorsque je repense au temps écoulé depuis le début du groupe, je me dis que nos premières sensations communes à moi et Achernar, ont fait beaucoup de chemin…Assurément il y a eu construction et nos premiers balbutiements ont finalement gagné en assurance et en solidité; cela dit, Orakle reste à mes yeux un cheminement toujours incertain, que j'expérimente au jour le jour. Sur le fil en permanence en ce qui concerne l'avenir, mais serein et fier lorsque je contemple ce qui a été accompli jusqu'ici. Je pense qu'à travers l'énergie et le temps que nous consacrons au groupe, nous nous construisons individuellement, car l'investissement dans un tel projet, fait également partie d'un choix et d'une réflexion sur la manière dont nous
souhaitons nourrir notre existence. Pour ma part, cela fait plus de 10 ans que j'expérimente au sein d'Orakle le plaisir de l'instantanéité de la création, mêlé à celui plus rétrospectif d'un regard qui se pose sur ce qui a été créé. C'est une alimentation qui pour l'heure me convient et répond pleinement à l'idée que je me fais de l'existence.
MF : Qu’essayez vous de faire passer par votre musique ?
CLEVDH: De l'émotion au sens large…Bon, j'admets qu'il n'y a rien d'original ici, et qu'à cette question n'importe qui est susceptible de répondre ainsi. Ceci dit la question est de savoir si au final le but de toute existence ne se trouve pas dans la recherche d'une émotion perpétuellement renouvelée. La lecture d'œuvres comme l'Ethique de Spinoza ou des Passions de l'âme de Descartes est très instructive sur ce sujet, posant l’homme comme un être de désir et de passion. Après tout, l’amour, la joie, la haine, la tristesse sont très souvent les motifs inconscients qui régulent nos actions quotidiennes. Les larmes d’où qu’elles viennent, sont ce qui donne du relief à ce que l’on trace jour après jour, et pose des « jalons » bien affirmés autour desquels le désir trouve l’espace nécessaire pour se déployer. La musique se doit donc d’être un cheminement, une marche d’où se dégage des sommets émotionnels, qui nous plongent dans un état contemplatif au sein duquel l’intérêt propre de l’individu se nie ou s’oublie au profit de ce qui est ressenti. Maintenant, l’intérêt que nous portons aux textes et à la réflexion qui s’y trouve, demeure cependant le reflet d’une volonté d’apporter un peu d’esprit aux émotions, c’est-à-dire de pouvoir introduire les passions dans un processus de spiritualisation pour employer un vocabulaire nietzschéen. Par-là, apporter nuance, finesse et légèreté à la puissance, pour que ce qu’il y a d’originel dans l’énergie des instincts ne se gâte pas et puisse s’accompagner d’une réflexion tout aussi intense qui interroge et sollicite la sagacité de l’auditeur.
MF : Les sujets que vous traitez sont nettement différents de ce que nous avons l’habitude de voir dans le metal. Pourquoi ce choix ?
CLEVDH : Je ne sais pas si nous pouvons parler ici, d'un véritable choix…nous nous attachons simplement à garder une entière liberté dans ce que nous souhaitons aborder ou traiter dans nos textes. Le fait est que nous nous laissons guider avant toute chose par nos envies, et que nous allons d'abord là où nous mènent nos désirs réflexifs et nos diverses interrogations, plutôt qu'à l'endroit où la bienséance du métal souhaiterait nous voir. Disons que nous ne nous fixons aucune limite et que nous ne souhaitons pas nous enfermer dans un registre parolier particulier dont nous ne pourrions plus sortir, alors qu'à côté nos personnes et nos vues se modifiant, nous aurions certainement des souhaits différents quant à ce que nous voudrions exprimer et questionner dans ce que nous écrivons. Avec "Uni aux cimes", par exemple à travers des thèmes comme l'instabilité, le devenir, la solitude ou encore l'ascension toujours délicate de la puissance, comme phénomène constitutif de ce qui rythme
le remaniement de la matière quelle qu'elle soit, nous nous sommes éloignés de la conception strictement terrestre d'une nature romantique et "théâtralisée", telle que nous l'avions mis en avant dans " L'ineffable émoi…de ce qui existe", notre précédent mini-cd. La nature telle que nous l'entendons au sein de ce nouvel album, se rapporte plus à la constitution du Tout, et à la manière dont celui-ci se régule; nous décrivons ici, une nature cosmique, un processus au travers duquel notre individualité, prenant conscience de son implication dans l'éternel phénomène de destruction et recréation de la matière, se dissout pour ne faire plus qu'un avec ce qu'il advient du Cosmos. "Etre cosmique ou sentir sa vie au-delà de ce qu'elle se fait sentir en nous-même", voilà l'un des enjeux de ce que nous abordons dans "Uni aux cimes".
MF : Que représente la philosophie pour vous ?
CLEVDH : Etymologiquement en grec, "amour" philia, de la "sagesse" sophia. Reste encore à savoir de quelle "sagesse" nous parlons ici. L'amour dont il est question, est selon moi d'abord une quête, une manière de tendre vers un but, dont la recherche se nomme justement "philosophie". C'est pourquoi, avant d'être une matière spécifique qui s'étudie dans un registre donné, la philosophie est d'abord une attitude vis-à-vis de sa propre existence, une façon de se confronter au monde. Il me semble que tout part de l'interrogation et de l'étonnement, premiers signes de la curiosité qui caractérise si bien ce qu'est le désir de connaissance selon Aristote et Platon. Vouloir savoir et comprendre, voilà ce qui pour moi est à la base de tout ce que je pourrais qualifier d'attitude philosophique sérieuse et honnête. L'antithèse caractéristique de ce comportement serait alors, la situation d'un individu qui lorsqu'il se retrouve seul s'ennuie! Le manque d'ouverture et l'aveuglement qui s'en su it, par rapport à l'ensemble de ce que la vie nous offre à voir et nous propose de connaître: Ceci me répugne, car c'est une manière de rendre la vie aussi terne que ce que nous représente ce type de personne. D'ailleurs, à ce propos, ce thème n'est pas sans rapport avec ce qu'évoquent les paroles de notre morceau "Le distant"; en effet, lorsqu'il y est dit "Et honte à ceux qui calomnient la vie, vous qui si souvent glorifiez l'ennui" ou encore "L'habit du silence luit pour les sens qui désolent", c'est précisément cette passivité anti-philosophique par excellence que je dénonce ici, de ces personnes dont l'appareil sensitif est si grossier, qu'elles se montrent tout à fait incapables de saisir la complexité nuancée et fascinante, constitutive de la vie et de l'existence. De fait, il y a chez ce type d'individu, une impossibilité totale à mettre en œuvre une action véritable, c'est-à-dire que l'agir a besoin ici d'un stimulant, il ré-agit à une excitation, mais se montre incapable d'une mise en fonction par lui-même.
Ainsi, de cette antithèse, deux éléments au sujet de ce que représente pour moi la philosophie, font surface. Tout d'abord, l'ouverture de la personne au monde implique nécessairement une sensibilité accrue à la Nature, au Tout dans son ensemble et à son fonctionnement. Une sensibilité restreinte aux problèmes de la cité ou de la société, souffre d'un manque cruel de ce que je nomme philosophie; ne jamais porter son regard au delà de ce que notre quotidien nous propose, ne jamais prendre le temps de réfléchir à ce sur quoi repose ce que l'ensemble des civilisations humaines ont pu construire, si ce n'est pas de la débilité mentale, c'est tout bonnement de l'étroitesse d'esprit, accompagnée d'un nombrilisme anthropologique démesuré!!! Avoir la "tête dans les étoiles", osez s'aventurer aussi bien dans les mystères de "l'infiniment grand que dans ceux de l'infiniment petit" pour reprendre une expression de Pascal, c'est ce que d'après moi, nous oublions trop souvent de faire, car vivre en philosophe, c'est également d'une certaine manière, réussir à vivre en poète… De ce premier critère, découle donc naturellement un deuxième élément qui s'impose comme une caractéristique essentielle de ce qu'est la philosophie telle que je la conçois. En effet, cette capacité d'adopter un regard quelque peu décalé et réflexif sur l'actualité et notre action quotidienne, offre à l'individu qui la possède, la possibilité de ne pas être "dupe" de l'action sélective de la culture dont il est le produit, et donc dans la mesure du possible de pouvoir se libérer du carcan de la morale qui l'a formé, pour pouvoir penser par-delà les bases posées par cet héritage. Plus que de renier simplement le système de valeurs qui nous détermine, il s'agit plutôt d'un appel au perspectivisme afin de se donner les moyens de comprendre qu'il n'y a pas de valeur pure ou en soi, mais seulement des valeurs devenues, symptômes de conditions de vie déterminées, à un moment donné. C'est pour
quoi s'il me paraît tout à fait naturel d'apprécier vivre au sein d'une culture porteuse de valeurs dans lesquelles on se reconnaît, en revanche toutes sortes de patriotismes ou de nationalismes me semble douteux et du moins très peu philosophiques. On ne peut être fier que de ce que l'on fait, pas de ce que l'on reçoit, ni de ce que l'on hérite…
MF : Combien de temps avez vous mis pour composer « Uni aux cimes » ? Qu’est-ce qui vous a pris le plus de temps ?
AMAR RU (guitares) : La composition d’Uni aux cimes a pris plus ou moins un an et demi. Nous ne nous étions pas imposé de délais pour plusieurs raisons. Tout d’abord je ne crois pas qu’une production intensive et conditionnée par des impératifs de temps et de délais soit propice à une création de qualité. Il n’y a aucune constance dans l’inspiration, les choses viennent… ou pas : on ne peut pas être exigent qualitativement et prétendre sortir régulièrement un cd tous les ans. Ensuite parce que les changements de membres dans une formation ne favorisent pas les planifications. Ce qui fut notre cas.
MF : Les paroles forment-elles la matrice qui inspire votre musique ou est-ce l’inverse qui se produit ?
CLEVDH : Pour être tout à fait honnête, je n'ai pas l'impression qu'il y ait une opération rituelle et systématique dans notre manière d'agencer musique et parole. Tout se fait en général simultanément, c'est-à-dire que le tout a tendance à se construire d'une seule traite…Nous composons et créons tous ensemble, ce qui fait qu'un morceau est souvent en gestation assez longtemps; de fait le temps que nous prenons à construire et expérimenter, répètes après répètes, nous permet également de réfléchir aux textes, qui s'ils ne naissent pas intégralement des teintes de notre travail musical en cours, dans le sens où l'inspiration de certains thèmes ou idées de paroles est parfois antérieure au travail instrumental à proprement parlé, restent cependant dans leurs styles et leurs manières diverses de se confronter à un objet précis, attentifs aux diverses couleurs de ce que nous composons. Ici, l'ensemble prend forme d'une manière qui me semble plus instinctive que véritablement réfléchie, on ressent plus qu'on ne calcule.
MF : Comment se passent vos concerts au niveau de l’ambiance? C’est plutôt mystique furieux posé . . . ?
CLEVDH : Disons que ça dépend. Il se trouve que précédemment nous avons beaucoup joué sur le côté théâtral, en axant notre mise en scène sur des "intros" ou des interludes pendant lesquelles nous interprétions des personnages…nous jouions alors aux petits acteurs, ce qui assurément donnait à nos concerts une tonalité plus mystique que furieuse. Le fait est qu'à l'époque nous mettions l'accent sur l'attraction visuelle de nos spectacles, ce qui renforce le rôle passif et spectateur du public; en effet, en ce qui concerne l'observation l'œil ayant de quoi se rassasier, sa fonction monopolise tout naturellement une grande partie de l'attention de la personne et accentue la distance entre ce qui est scruté et celui qui au contraire se nourrit de ce spectacle. Actuellement, nous abordons le live différemment, notre jeu de scène se veut peut-être plus épuré, plus direct et "rock'n roll". Nous recherchons avant tout l'impact de la puissance musicale, celle qui parle au corps de la manière
la plus instinctive qui soit, c'est-à-dire celle qui parle aux muscles avant de parler à la tête. C'est une approche qui pour moi diffère totalement du travail de composition en répétition ou en studio. Ici, il n'y pas de place pour une quelconque prise de recul réflexive, il s'agit avant tout de se jeter dans le flux du devenir et de se laisser submerger par les sensations que les rythmes et les sons répercutent sur nos organismes; c'est la figure de Dionysos qui s'exprime, une manière d'exciter la volonté jusqu'à sa négation, son individuation reniée et unie à ce qui dans la musique parle et s'exprime. Maintenant, il arrive parfois que cette union, qui d'ailleurs n'est pas réservée aux seuls concerts, mais se produit également lors de certaines de nos répétitions, ne soit pas toujours en rendez-vous pour nous, ni aussi communicative que nous le souhaiterions envers les gens qui nous écoutent. En fait, il plane un mystère qui reste pour moi impénétrable, au-dessus de ce qui contribue à la réussite d'un concert ou même d'un petit instant musical en solo. Plus qu'un style, plus qu'une attitude, être "rock'n roll", c'est avant tout une manière de ressentir la musique, une façon de transfigurer le monde et la réalité pour devenir soi-même musique et n'être plus rien d'autre que musique dans ces instants.

MF : Votre album s’avère être une véritable révélation pour la scène française. Pensez-vous être à même de faire mieux à l’avenir ?
AMAR RU : Je suis fort aise de l’apprendre ! Dans quelle mesure l’album a été une révélation, et surtout pour qui, voilà ce que je serais curieux de savoir. A surplus je ne prétends nullement révolutionner de quelque manière que ce soit la « scène française », qui ce me semble suscite beaucoup de phantasmes chez les amateurs de métal étrangers. Toutefois, pour répondre à ta question, il ne nous est nullement inconcevable de « faire mieux » qu’Uni aux cimes. Je tiens là particulièrement aux guillemets, car je ne saurais déterminer où réside la performance, dans la structure des morceaux, dans l’originalité, l’harmonie, la production. Le seul élément qui puisse faire avancer Orakle est l’adéquation entre les aspirations musicales du groupe et leur exécution. Il faut saisir la chose dans son instant, et de la même manière qu’Uni aux cimes correspond à l’instant dans lequel nous l’avons conçu, il s’agira de construire les morceaux futurs en écoutant nos envies, nos souhaits, sans s’entraver comme beaucoup le font de ce conformisme si doux et si rassurant dans lequel nombre de groupes se calfeutrent.
MF : A ce propos avez-vous une idée de comment vous voulez faire évoluer Orakle ?
AMAR RU : Nous avons naturellement une idée de l’orientation que nous allons donner à Orakle. C’est d’abord une orientation de fait, « naturelle », c’est celle qui suit et prolonge l’évolution à long terme de notre musique, qui marque et caractérise la continuité et les changements survenus entre L’Ineffable émoi... et Uni aux cimes. Il y a aussi celle, plus volontaire et réfléchie, que nous voulons après l’écoute et la confrontation à l’album. Celle-ci conditionne les corrections « de style » que nous allons apporter à nos futures productions. En substance il s’agit d’affiner l’expression musicale, de saisir la force ou au moins l’élément fort de notre musique pour en extirper un nouvel élan, sans toutefois dénoncer ou « oublier » ce que nous avons déjà fait.
MF : A votre avis qu’est-ce que vous pourriez améliorer ? Qu’est-ce qui ne vous plait pas pour le moment ?
AMAR RU : "Uni aux cimes" est notre premier album, il est loin d’être parfait et il y en a d’autant à améliorer. Pour ce qui est de ce qui me plaît le moins dans cet opus, et je ne peux parler qu’en mon nom, il y a les premières lignes mélodiques que nous avons composées, tandis que les dernières m’inspirent davantage et me semblent plus rigoureuses et affirmées.
MF : Melancholia record a eu ses loco brulé. C’est évènement a rendu incertain son avenir. Savez vous maintenant qu’un peu de temps s’est écoulé, ce qu’il en est ?
CLEVDH : Cet incendie a été vraiment un coup de massue pour nous tous…ces locos représentaient l'ensemble des projets que Mélancholia records avait pour l'avenir, c'est-à-dire qu'en plus de la présence d'un studio aménagé dans lequel nous avons enregistré "Uni aux cimes", il se profilait dans un futur proche, la mise en place d'un véritable studio d'enregistrement, agrémenté de plusieurs salles de répétitions, le tout au beau d'un endroit calme bordé de champs. Et puis en une nuit, plus rien!! enthousiasme brisé, projet à revoir ou peut-être n'y a t-il plus d'énergie, ni de moyen pour envisager un quelconque projet. L'enquête qui a suivi l'incendie n'avance pas, et selon moi n'avancera plus maintenant. Les faits sont simples: Des individus sont entrés par effraction dans les locaux, ils n'ont rien volé, non même pas… Ils ont mis le feu et "basta"! Voilà le goût amer que nous avons tous dans la bouche depuis le mois de juillet, nous, Karl (Hécatombic, Inward) l'ingénieur son du studio et Mélancholia. Sans commentaire…
MF : Que pensez vous des autres groupes signés par Melancholia ?
CLEVDH : Très sincèrement, bien avant de faire la connaissance de l’ensemble de l’équipe Mélancholia, l’image que me renvoyait ce label se trouvait être très positive, et ceci en partie grâce aux quelques groupes qui y étaient signés. Que cela soit à travers Maleficentia, Bornholm, Unholy matrimony, le split Straasha/ Numenor ou encore la section death ouverte avec Hecatombic, il me semble que Mélancholia compose et construit avec des pièces qui se caractérisent avant tout par leur intégrité et leur forte identité. En effet, il y a des impératifs dûs à la petite structure de Mélancolia, qui imposent au label rigueur et sélection dans ses choix ; de là, la cohérence et l’esthétique qui se dégage de la multiplicité des œuvres que ce label soutient.
MF : Quelle place attribuez-vous à la technique dans la musique ?
AMAR RU : La place qui est la sienne, c’est-à-dire celle d’un adjoint ancillaire de l’harmonie. Je récuse pour ma part toute distinction et classification musicale sur des critères purement et d’abord techniques. L’art est par définition la rencontre d’une idée et d’une technique, ce qui implique qu’une idée de merde restera une idée de merde, quelle que soit la maestria avec laquelle elle sera exécutée. Les formations onanistes à la Dream Theatre jouissent seules, enfermées dans leur plaisir masturbatoire, incapables de les dépasser. Cela relève du narcissisme le plus creux et le plus crasse, qui est certes une tentation perpétuelle mais jamais fertile. A l’inverse, s’il y a défaut de technique, l’idée en pâtit car elle ne se réalise pas. Si la technique est déficitaire par rapport à l’ambition de l’idée, on ne peut obtenir qu’une créature bancale, amputée. La technique c’est la propédeutique indispensable mais non suffisante de la musique.
(Merci beaucoup à eux pour leurs réponses pertinantes)
Propos recueillis par Darkgrinder