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Interview : THE OLD DEAD TREE
11 / 2003


Manuel Munoz : Guitare chant
Chevrollier Nicolas : Guitare
Danhier Vincent : Basse
Métayer Franck : Batterie

Figure montante du métal "sombre", The Old Dead Tree aurait de quoi se la péter : une tournée avec Paradise Lost qui fait suite à une autre avec Katatonia, un album unanimement acclamé ... et croyez-vous que ce soit le cas ? Pas du tout ! En plus d’être doués, ces gars là sont d’une simplicité et d’une modestie exemplaire, et font preuve d’une étonnante ouverture d’esprit.




MF : Question bateau pour commencer : quel est votre avis sur le concert de ce soir ?

Manuel : Ça c’est très bien passé, c’est la première fois qu’on joue à Toulouse, et on a malheureusement pas eu l’occasion de venir jouer dans le sud avant. Hier on a joué à Marseille, ça c’est très bien passé...


MF : Cela fait quelques mois maintenant que votre album, The Nameless Disease, est sorti, quelles on été les réactions tant de la part du public que des critiques ?

Manuel : Pour l’instant on a pas eu de mauvaise critique, ce qui est assez exceptionnel, on est donc très très content de ce côté là. C’est vrai qu’on a été très bien accueilli en France, dans les Pays-Bas, en Belgique, c’est ce qui nous a permis de faire la première partie de groupes comme Opeth, Katatonia, et maintenant Paradise Lost que l’on va aussi accompagner en Belgique. C’est vrai qu’au niveau de la presse on a eu beaucoup de chance, et au niveau du public ça répond super bien. Je pense que les gens, à une période où beaucoup de groupes font des artifices, du maquillage, des décors, des chose comme ça, cherchent une certaine simplicité qu’on trouve peut-être dans The Old Dead Tree.


MF : Votre musique est quand même assez complexe...

Manuel : Au niveau de la musique peut-être, mais au niveau de l’image on est pas là pour se prendre la tête...

Nicolas : Simple et efficace.

Vincent : Les groupes qui adoptent une imagerie sur scène au delà de la musique, c’est tout à leur honneur car c’est très professionnel dans la démarche. On a rien contre ça, il ne faut pas que tu interprètes mal les propos de Manuel, mais c’est vrai que nous on a pas cette démarche, on reste assez simple dans les aspects extra musicaux et je pense que pour rejoindre ses propos, il y a une partie du public qui apprécie ça, qui se retrouve là dedans.


MF : D’ailleurs le groupe qui jouait avant vous ( Deathstar ) était lui dans cette approche, avec des maquillages...

Nicolas : Et d’ailleurs on s’entend très bien avec eux, effectivement ce qu’ils font, ils le font très bien, mais on est pas pareil qu’eux...


MF : Que représente le nom “The Old Dead Tree” pour vous ?

Manuel : On cherchait un nom qui puisse évoquer plusieurs choses, qui marque l’esprit, et c’est vrai qu’avec “The Old Dead Tree” il y a une image qui se crée tout de suite dans l’esprit de la personne qui entend ce nom là ... Même si au départ il peut y avoir une certaine consonance un peu morbide, goth, il y a aussi un côté poétique, et les gens l’interprètent toujours de façon très différente. C’est ça qu’on cherchait puisqu’il y a beaucoup de facettes dans notre musique et on voulait un nom qui représente toutes ces facettes là.


MF : On va donc aborder l’album, sa genèse, et on est obligé d’évoquer un passage douloureux de votre histoire, à savoir la mort de votre ancien batteur mais avant tout ami, Frédéric... Jusqu’à quel point ce drame a-t-il marqué l’album ?

Manuel : C’est surtout au niveau des textes en fait, puisque musicalement beaucoup de choses avait été écrit avant la mort de Frédéric, et même au niveau du style on était quand même dans cette voie là ... Mes textes eux se rapportent à la manière dont j’ai vécu son suicide.

Nicolas : Sur certaines atmosphères de l’album il est vrai qu’on peut penser à Fred, et c’est vrai que ça nous permet de mieux vivre notre musique ...


MF : On va parler de vos influences, il y a du métal bien sûr, mais aussi de la musique gothique, de la musique classique... notamment sur le premier morceau où la voix rappelle parfois des chants grégoriens...

Manuel : En fait ce premier morceau parle de a cérémonie au niveau de l’église, c’est justement là qu’on trouve le lien... Ensuite “groupe goth” par contre on n’est quasiment pas du tout goth, même si on écoute un peu Depeche Mode, des trucs comme ça.

Franck : Dead Can Dance, Cocteau Twins...

Manuel : Mais on est principalement métal en fait, dans nos écoutes c’est métal, pop, rock ça va là dedans.

Nicolas : Trip-hop...

Manuel : On a chacun nos petites spécialités mais les influences c’est principalement ça. Et quand on dit métal c’est tout les styles de métal, c’est vrai qu’on se pose pas trop de questions : quand un groupe est bon, il est bon, point. J’aime beaucoup les premiers Deftones et ça ne m'empêche pas d’adorer le dernier In Flames ou encore Dimmu Borgir. Ça ne nous embête pas d’enchaîner Muse et At The Gate.


MF : Au niveau des voix, par rapport à la demo que vous avez fait avant, je trouve qu’il y a un progrès énorme : c’est beaucoup plus chanté, plus travaillé...

Manuel : Il s’est écoulé trois ans entre les deux, et donc c’est vrai qu’il y a eu un gros travail de ce côté là. Et effectivement, en studio, on a beaucoup travaillé les doubles voix, les chœurs, les choses comme ça. Ne pas forcement en mettre partout pour ne pas dénaturer la musique qu’il y a derrière. On veut au contraire l’accompagner, la mettre en valeur ... Et c’est vrai qu’il y a eu tout un travail la dessus, aussi bien pratique que théorique, sur la manière de placer une voix et ça c’est fait sur trois ou quatre ans, on en est vraiment très content.


MF : Et tu as pris des cours de chant ?

Manuel : Non mais il faudrait que j’en prenne...

Nicolas : Il faut toujours progresser !



MF : Comment se passe le processus de composition ?

Manuel : Toujours la musique en premier, en général soit moi soit Nicolas, on amène une base de morceau où un riff, et une fois que le morceau commence à être travaillé à deux, en général, on l’amène au groupe et là on travaille sur tous les arrangements, on fignole et on est extrêmement exigeant, ça prend énormément de temps.

Franck : Pour un morceau qui va contenir six riffs on en a jeté trente ... des fois on jette des morceaux entier si on en est pas satisfait, c’est très très long mais bon ... le but c’est qu'une fois qu’on est parti en studio, qu’on ne peut plus revenir en arrière, quand l’enregistrement est terminé il ne faut plus avoir de regrets. Et donc notre base c’est aucune concession de la part des membres du groupe, si un des membres du groupe trouve qu’une partie est faiblarde, il n’y a pas de “c’est pas grave si ça plaît aux autres...”, on la retravaille, on l'améliore, ou on la jette...


MF : Vous êtes très perfectionnistes...

Vincent : Perfectionnistes et consensuels... (rires) et c’est pas toujours évident !


MF : En ce qui concerne l’imagerie, l'artwork, on voit qu’il y a une forte opposition entre des couleurs assez claires et des choses lugubres...

Manuel : Oui c'est vrai, et toute la pochette est faite d’oppositions, c’est ce qu'on cherchait, on a travaillé avec un artiste américain et on recherchait une image qui puisse mettre en exergue toutes les différences qu’il y a dans notre musique. On peut passer d’un passage death à un passage pop sans beaucoup de transition, et sur cette pochette on a un être mi humain mi arbre qui parait mort, sur lequel on a deux oiseaux plein de couleurs, mais si on regarde plus près on se rend compte que les oiseaux ont des visages humains en guise de tête. Et graphiquement je trouve que c’est une très belle image. On est vraiment très content de ça.


MF : Vous êtes dans le collectif Epsilon, pouvez-vous le présenter ?

Manuel : Le collectif Epsilon regroupe quelques groupes de la scène métal gothique, pour l’instant parisienne, qui sont Dying Tears, The Silence Agony, Anthemon ... On se donne des plans, on échange des expériences, parfois du matériel. Il y a une très bonne entente humaine entre les groupes.

Nicolas : Mise en commun de moyens aussi...

Manuel : Oui voilà, c’est quelque chose de très pratique qui manquait à la scène extrême par rapport à la scène Neo-métal, ou Hardcore, qui est beaucoup plus développée au niveau collectif. C’est vrai qu’on avait envie de faire ça et comme on se connaissait bien ça c’est fait naturellement...


MF : Et ça fonctionne bien ?

Manuel : Et bien paradoxalement comme tout le monde a sorti des albums, on est tous très très occupés, et donc on a moins de temps à consacrer au collectif, parce que tout le monde est un peu sur sa promotion, à assurer ses dates ...


MF : On parlait de la scène extrême, et j’ai l’impression qu’il y a en France un réel essor de ces groupes avec notamment Gojira qui commence à cartonner et surtout à sortir de France. Vous voyez ça comment ?

Manuel : De la même façon il y a une espèce d’évolution des groupes de métal, les gens commencent à comprendre que sans sous on ne peut rien faire. On ne peut pas arriver en Allemagne avec un album qui a un mauvais son, c’est impossible. Parce qu'en Allemagne, ils ont une scène développée et tellement professionnelle que la musique ne suffit plus.

Nicolas : La concurrence est très très rude maintenant ...

Manuel : La France a une très mauvaise image à l’étranger, il faut le savoir, les groupes français ont une image de groupes absolument non professionnels qui se ramènent avant de jouer complètement bourrés, toujours en retard et qui n’ont pas de matériel. Il a dix ans de disette à rattraper, dix ans pendant lesquels il y avait très peu de groupe pro ... Il y avait Loudblast, No Return, Supuration, Massacra et derrière plus grand monde. De plus il y a eu un manque de labels en France, qui n’ont pas pu exporter les groupes. Donc pour l’instant ça remonte lentement, malheureusement dans un climat morose en terme de vente de disque, mais ça fait son chemin.


MF : A propos des ventes, on accuse souvent Internet ...

Manuel : A notre niveau ce n’est pas important, puisque nous ne dépendons pas des ventes.

Nicolas : On peut toujours condamné ça, cela dit ça existe, ça fait partie de la vie courante, quelqu’un qui grave un cd ne l’aurait pas forcement acheté donc c’est un moyen de promotion aussi.

Manuel : Après au niveau de Metallica... on va pas les plaindre !

Nicolas : L'embêtant c’est pour les groupes qui sont vraiment entre les deux, qui sont à la limite et pour qui chaque vente compte.

Manuel : Pour nous ça se passe très bien pour un premier album, à l’étranger ça décolle même si on a pas les chiffres. Si on avait une base en France, à l’étranger tout était à faire, les dates avec Opeth ont permis de nous faire connaître, et au Benelux on a vraiment un super accueil, ça se passe très très bien.


MF : Comment expliquez-vous que The Old Dead Tree arrive à s’exporter par rapport à d’autres ?

Nicolas : Un bon label, ça c’est indéniable, il faut avoir un label qui travaille et qui a des contacts.

Franck : Il axe sa promotion autant, voire plus, à l’étranger que sur la France. Je sais qu’ils ont travaillé principalement sur le Benelux et l’Allemagne.

Manuel : Et derrière, au niveau des dates qu’on arrive à avoir, si ça se passe bien le bouche à oreille fonctionne. On essaye toujours de suivre des règles qui semblent basiques mais souvent peu respectées par les groupes : arriver à l’heure, avoir du matériel ...

Franck : On a une bonne image à l’étranger au niveau de la profession donc ça se répercute.


MF : Vous avez commencé à composer pour le prochain album ?

Manuel : On a commencé, ça prend du temps, mais ça fourmille d’idées. Pour l’instant c’est plus direct, plus court, et on essaye de faire des morceaux qui se distinguent bien les uns des autres et de ne pas répéter ce qu’on a fait par le passé. Mais sur les quatre morceaux qu’il y a en route il n’y a rien de très surprenant.

Nicolas : C’est du The Old Dead Tree...

Franck : Moi je trouve qu’un palier a été franchi, je pense que le live a beaucoup joué là dedans, peut- être dans le fait que ce soit plus court.

Vincent : Avec le deuxième album on compte gagner en qualité sans pour autant bousculer ce qui fait la personnalité du groupe au niveau musical.

Manuel : On a posé les fondations, maintenant il faut creuser un peu plus.


MF : Vous êtes donc en tournée avec Paradise Lost ... Ils sont gentils avec vous ? (rire)

Manuel : Ça se passe très bien, même si on les voit pas beaucoup.

Vincent : Il parait qu’ils écoutent notre cd dans leur bus...


MF : Que représente Paradise Lost pour vous ?

Nicolas : Paradise Lost c’est quand même une de nos références.

Franck : Moi je sais que je les ai vu plusieurs fois à Paris depuis huit ans, et à chaque fois c’était bien, c’est un grand honneur de tourner avec Paradise Lost.

Vincent : C’est quand même un des groupes qui constitue la raison d’être de The Old Dead Tree.

Manuel : C’est vrai qu’au début on faisait des choses très proche de Paradise Lost, après nos voies se sont séparées, eux sont partis dans un style, nous dans un autre, mais ils font toujours des albums excellents même si c’est diffèrent.

Franck : Même pour Host, qui est un album pas mal décrié, je le trouve très bon, et ils ont continué sur la voie qui est la leur.

http://www.theolddeadtree.com

Propos recueillis par Bloody

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