/// Interview de ANNEKE VAN GIERSBERGEN

Publié le 28/03/2014 par lucinda

Interview réalisée le 27 mars 2014 à Salon-de-Provence.

(Scroll down for the English version)

 

Anneke Van Giersbergen continue de nous faire rêver de sa plus belle voix et de son sourire le plus radieux au Portail Coucou, cette même salle où The Gathering (dans lequel, rappelons-le, elle a officié pendant douze ans) s'était produit il y a de ça presque dix ans. Rencontre avec l'une des meilleures chanteuses de notre temps, pendant laquelle nous avons pu discuter de son dernier album, "Drive" (2013), de la tournée en cours, de sa collaboration avec Devin Townsend, ou encore de la particularité de son public, composé de divers univers...

Tu as décidé d’enregistrer « Drive » accompagnée de ton groupe live ; selon toi, en quoi était-ce une bonne idée, alors que tes autres albums accueillaient souvent des musiciens de session ?

Anneke Van Giersbergen : J’avais déjà fait cela pour mon premier album solo « Air » (2007). Par la suite, il y a eu pas mal de changements de line-up, et j’ai dû enregistrer les albums suivants avec le producteur ou les musiciens qui avaient le temps de le faire, étant donné que je n’avais pas de groupe à proprement parler. Pendant la tournée de « Everything Is Changing » (2012), j’avais le groupe idéal. Une certaine atmosphère se crée en live lorsqu’on se trouve avec le lineup parfait et que tout se passe de manière naturelle. J’ai donc voulu recréer cette atmosphère sur l’album. On a plus ou moins travaillé comme si nous étions en live, même si nous avons peaufiné ici et là.

Anneke Van Giersbergen, "Drive"

La pochette de l’album se distingue des autres. Cette fois, nous voyons ton visage qui regarde droit devant avec un simple fond bleu. Qu’est-ce qui t’a amené à opter pour cet artwork ?

Je voulais avant tout des couleurs vives. La pochette de « Everything Is Changing » avait un aspect un peu romantique, un peu sombre. Je voulais changer du tout au tout afin que la pochette ressorte bien. J’ai donc décidé d’avoir les cheveux et les lèvres rouges qui, avec le fond bleu, donnent un résultat très puissant. C’est également parce que « Drive » est un album rock plus pêchu et au tempo rapide que j’avais besoin d’une image comme celle-ci.

La chanson Mental Jungle est assez différente du reste de l’album, elle est plus sombre, plus lente aussi – d’ailleurs, elle aurait davantage pu apparaître sur « Everything Is Changing ».

Oui, je suis d’accord.

Cela vient notamment du duo avec le chanteur turc Hayko Cepkin, avec qui tu as déjà collaboré en live. Peux-tu en dire davantage sur le duo qui apparaît sur « Drive » ?

C’est l’un des chanteurs les plus talentueux et les plus puissants que je connaisse. Bien sûr, son sens de la mélodie est imprégné de sonorités turques. J’ai toujours voulu qu’il apparaisse sur l’un de mes albums à un moment ou à un autre, mais je n’avais jamais la chanson adéquate. Et puis j’ai écrit avec mon guitariste le morceau Mental Jungle qui, à cause de ses sonorités orientales, me paraissait être le morceau idéal pour accueillir Hayko. Ce dernier a accepté de participer, et ses parties vocales sont superbes. Je lui ai demandé s’il pouvait chanter en turc, parce que je trouve la langue magnifique ! Il a écrit lui-même ses parties et je les ai ensuite traduites pour que tout le monde puisse les comprendre. Plus tard, nous avons joué le morceau en Turquie, et c’est à partir de ce moment que j’ai absolument voulu l’inclure à ma setlist. On entend Hayko dans les samples ; ce n’est pas aussi bien que s’il était vraiment là, mais on ne peut se passer de son chant dans ce morceau.

Tu ne voudrais pas t’essayer à ses parties en turc ?

Je le ferais si c’était possible ! Lorsque je me suis demandé comment on pouvait s'y prendre pour le live, j’ai effectivement songé à la chanter entièrement, puisque j’ai déjà chanté en turc avec lui à d’autres occasions. Donc c’était une possibilité, mais ce n’est pas la même chose sans lui. Et puis, parfois, une voix masculine est nécessaire sur un ou deux morceaux.

Que peux-tu nous dire sur les paroles de Mental Jungle, qui sont aussi sombres que la musique ?

J’ai toujours du mal à expliquer mes paroles… Ça parle d’une personne qui a du mal à vivre sa vie, à s’exprimer, à s’aimer soi-même… J’ai des amis qui n’arrivent pas à s’accepter, à se respecter et à prendre soin d’eux-mêmes, et ceci envahit totalement leur vie. Je pense que ça arrive à beaucoup de monde de nos jours, c’est dur de suivre le rythme et on doit s’efforcer de ne pas flancher dans toute cette agitation. On cogite tellement que notre tête finit par être une vraie jungle. On perd pied, on ne peut pas en sortir et on ne peut pas retrouver son chemin. On dirait un peu une chanson d’amour, mais on pourrait très bien la destiner autant à ses proches qu’à ses amis.

 

 

Amanda Somerville et Anneke Van Giersbergen

Cet automne, tu es partie en tournée européenne avec Amanda Somerville (Trillium, Epica, HDK...) en première partie. Est-ce que tu avais déjà entendu parler d’elle ou écouté sa musique avant cela ?

Oui, en effet. Elle fait partie de la scène depuis longtemps. Bien sûr, elle participe aussi à de plus grosses tournées, comme celles d’Avantasia. C’est une excellente chanteuse et une personne adorable. Nous nous sommes réellement rencontrées lors de cette tournée, et tout s’est vraiment bien passé. Je pense aussi que nos styles vont très bien ensemble, car ils proviennent du metal tout en contenant du rock ainsi que d’autres ingrédients.

Le mois dernier, tu as participé à la croisière «  Progressive Nation at Sea », où tu as chanté en duo avec Danny Cavanagh et Devin Townsend, en plus de tes propres concerts. Comment cette croisière s’est-elle passée ?

C’était génial ! Le simple fait de partir en croisière est super. Deux-mille personnes, toutes amatrices de la même musique, réunies sur un bateau : c’est très ingénieux ! J’étais l’une des rares filles à bord, mais tout le monde était très respectueux. J’ai fait deux concerts acoustiques pendant lesquels Danny Cavanagh m’a rejoint pour quelques morceaux, et j’ai rejoint à mon tour Devin Townsend. En tout, j’ai joué quatre concerts. Et puis, le soleil brillait (on était à Miami). Pour moi, ce bateau était comme une "micro paix mondiale" parce qu’on aimait tous la même musique, on se respectait tous les uns les autres, et l’atmosphère générale était très agréable. Dommage que ça n'ait duré que quatre jours, j’y serais bien restée trois semaines ! Le monde dans lequel on évolue est aussi limité, puisqu’on ne doit se concentrer que sur ses performances. J’ai également pu assister à beaucoup de concerts. C’était un pur plaisir !

Ce n’était pas une sensation étrange que de jouer sur un bateau ?

Si ! C’était la première fois de ma vie que je faisais une telle chose. En général, le bateau ne bouge pas car il est très gros, mais parfois on sent vraiment les mouvements de l’eau. Il m'arrivait de devoir me stabiliser, surtout quand j’étais en talons. On oublie aussi qu’on est sur un bateau, encore une fois à cause de sa taille. Le concert avec Devin était très agité, j’ai donc troqué mes talons pour une paire de baskets. J’étais en train de sautiller sur scène quand tout à coup, le bateau a viré à gauche et tout le monde a bien remarqué cette étrange sensation ! Normalement, on ressent toujours la sensation d’être sur l’eau quatre jours après avoir rejoint la terre ferme. J’avais l’impression d’être soûle ! Je me sentais vraiment bien (rires).

Tu as sorti un album live en 2010, « Live In Europe ». Pouvons-nous espérer un DVD live prochainement ?

Je pense que ce serait une bonne idée. Je me suis toujours dit que je ne pourrais sortir de DVD que lorsque j’aurais assez d’albums à mon actif. Pour être honnête, un DVD est aussi très cher à réaliser. C’est pour ça que j’ai eu tendance à toujours le reporter. Un jour, j'en ferai un, mais je dois réfléchir à la meilleure manière de le faire, au meilleur endroit, avec la meilleure setlist…

 

En octobre dernier, lors du Metal Female Voices Fest dans lequel tu es apparue, beaucoup de chanteuses ont joué en duo. As-tu toi aussi reçu des propositions de duos pendant le festival, ou même en dehors de ce contexte-ci ?

On me l’a déjà proposé dans le passé, mais pour des raisons que j’ignore, ça n’a jamais abouti. Mais ce serait intéressant à faire. Ce sont toutes de grandes chanteuses, mais j’ai tendance à être plus attirée par les voix masculines, comme celle d’Hayko. Je pense qu’une voix masculine, qu’elle soit en fond ou non, peut réellement apporter quelque chose de plus à un morceau. J’ai quand même quelques idées pour la tournée concernant des duos avec certaines chanteuses, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment. Cela aura lieu cette année et j’ai quelque chose de très intéressant en tête. Dans une scène peuplée de chanteuses et où tant de choses ont déjà été faites, je me dois aller au-delà du simple duo. J’ai vraiment une idée fantastique…

 

 

Anneke à Salon de Provence

Tu es issue de la scène metal, bien que ton style ait lentement mais sûrement évolué vers quelque chose de plus pop rock. De ce fait, ton public est composé de personnes très différentes les unes des autres, avec des goûts qui varient forcément. Quelle est ton impression sur ce public si unique ?

C’est vrai qu’il est vraiment unique ! Parfois, aux Pays-Bas, on voit plus d’adolescents à mes concerts. Dans ce pays, je passe plus souvent à la télévision, mon audience est donc plus "grand public". Et puis, on a les fans de The Gathering, les fans de Devin Townsend, pas mal de filles, également… Quand on se penche sur les gens qui peuplent la salle, on se dit que c’est un drôle de public que nous avons là ! J’adore ça. On a aussi les fans un peu plus âgés, amateurs de la scène prog rock. Aux Pays-Bas, toujours à cause de la télévision, j’ai déjà vu des groupes de femmes qui passent leur soirée à un de mes concerts, en sortant du boulot. Elles ne savent rien de ce que j’ai pu faire avant. Ce qui est drôle, c’est que les sonorités rock seront très heavy pour elles, alors que pour un métalleux, elles seront au contraire très légères (rires) ! Et d’une manière ou d’une autre, tous ces gens sont réunis ensemble. À l’étranger, mon public vient plus du metal, même si on compte aussi des fans plus jeunes, ce que je trouve formidable. La musique, mais aussi l’atmosphère, nous unit tous. Et puis je parle beaucoup sur scène, je fais quelques blagues. Les gens se sentent chez eux.

 

En parlant de blagues, j’ai entendu parler d’une anecdote qui s’est produite à Colmar (le 25 mars dernier, ndlr). Apparemment, quelqu’un du public a crié que tu avais de belles dents ?

Oui ! J’ai dit que c’était la première fois qu’on me faisait ce compliment. Et puis je me suis souvenue que j’avais une fausse dent, j’ai donc raconté que je m’étais cassé une dent en tombant dans la rue, quand j’étais très jeune. Mais c’est marrant ! J’aime bien quand les gens me crient des choses entre deux morceaux, ça me permet de rebondir dessus ! (rires)

Tuomas Holopainen, le créateur de Nightwish, a toujours dit qu’il avait voulu intégrer une voix féminine dans son groupe grâce à The Gathering. Maintenant que le groupe a atteint des sommets, quel est ton ressenti face à une telle déclaration ?

C’est incroyable. J’ai vu une vidéo récente où il disait que c’est entre autres the Gathering et Liv Kristine qui l’ont inspiré. J’en suis ravie ! Tout le monde sait que c’est un musicien fantastique. J’en ai été très surprise.

 

Tu as collaboré à plusieurs occasions avec Devin Townsend, dont nous parlions tout à l’heure. Sa musique a toujours été très particulière, avec un grain de folie ! Comment en es-tu venue à travailler avec lui, malgré le fait que vos styles respectifs soient si différents ?

Ce qui est drôle, c’est que j’ai toujours adoré Devin et son groupe, Strapping Young Lad. À une époque, nous étions dans le même label, Century Media. Je savais qu’il me connaissait, mais on n’avait encore jamais discuté. J’ai assisté à un de leurs concerts aux Pays-Bas. Après le concert, il est passé à côté de moi et je n’ai pas osé le saluer. J’étais trop intimidée. Un jour, pendant un concert solo, j’ai repris l’une de ses chansons, Hyperdrive. Je lui ai envoyé la vidéo parce que j’ai estimé qu’elle était assez bonne. Je ne connaissais qu’une seule personne qui avait son adresse mail. J’ai donc demandé à cette personne si elle pouvait lui montrer la vidéo et lui dire que je le trouvais génial. Il m’a répondu en me disant : « C’est bizarre, il est en ce moment-même avec moi en Norvège ». Devin a dit qu’il était justement en train d’enregistrer un album, qui deviendrait « Addicted » (2009), et qu’il avait besoin d’une chanteuse. En l’espace de deux mois, j’avais pris mes billets d’avion pour me rendre en studio. Après cela, nous avons joué en live plusieurs fois, et j’ai également participé à l’album « Epicloud » (2012). Je suis très fière d’avoir pu travailler avec lui parce que c’était un vrai génie musical ; sa musique contient tout ce qu’on attend : elle a du poids, mais aussi des mélodies et des émotions… Il a énormément de talent et c’est un chanteur impressionnant, il a une voix d’opéra ! Il peut tout faire. Pour moi c’est un des meilleurs chanteurs actuels, sans parler de son jeu de guitare. À part ça, c’est quelqu’un de très sympathique. J’ai beaucoup appris à ses côtés, de l’enregistrement au jeu scénique, en passant par les techniques vocales.

Et on te voit également dans le DVD « The Retinal Circus » (2013). Comment c’était de participer à un concert aussi spectaculaire ?

On se serait vraiment cru au cirque ! Mais c’est un miracle que tout se soit bien passé. Tout le monde a préparé ce qu’il devait faire chez soi, et nous n’avons eu que deux jours pour mettre tout ça en commun. En gros, le tout était un peu improvisé ! Je savais qu’il allait y avoir des effets pyrotechniques, donc j’ai demandé à la dernière minute où je pouvais chanter et où je ne pouvais pas ! Mais on s’en est bien sortis. Normalement, il faut des semaines, voire des mois pour préparer un concert théâtral ou un numéro de cirque aussi grandiose. Nous, on a eu deux jours de rien du tout ! Après le concert, l’équipe de Devin a suggéré que nous fassions une tournée basée sur le spectacle, mais cela aurait été bien trop cher. C’était donc un événement exceptionnel. Je n’ai jamais fait quoi que ce soit de semblable de toute ma vie, et je ne pense pas que ça se reproduise, sauf si Devin met sur pieds un nouveau projet complètement fou ! (rires) J’imagine bien que Devin devient fou avec lui-même sans arrêt.

Tu es une artiste très éclectique, influencée par le pop rock, le metal et d’autres genres entre les deux. Je me demandais s’il y avait un artiste ou un groupe que nous serions surpris de voir dans tes artistes favoris ?

Je ne sais pas. J’aime beaucoup de styles différents. On pourrait dire qu’ils ont une ambiance sombre en commun. Beaucoup de gens qui écoutent notre musique aiment les mêmes choses que moi, tels que les auteurs-compositeurs, la musique classique, le jazz… On y trouve aussi une certaine mélancolie. J’aime écouter du heavy metal, tant que c’est mélodique, mais aussi des artistes qui chantent en hollandais ou dans mon dialecte et qui parlent de la région où j’habite. Il y a peu de styles que je n’apprécie pas. Je n’aime pas le reggae, ça manque d’énergie (rires). Je n’aime pas le jazz rapide non plus, ça me rend nerveuse. Autrement, j’aime tout ce qui contient de bonnes mélodies, et la pop en est remplie. Mon fils Finn a neuf ans et il écoute du Katy Perry, du Keisha… Je n’écouterais pas ça de moi-même, mais lui écoute ça tout le temps, et ça ne me déplait pas. Les productions peuvent être plutôt massives si on se penche sur la batterie, mais quand je dis ça, on ne me prend pas au sérieux ! Ce sont des grandes stars, donc elles ne peuvent pas être mauvaises. Mais bien sûr, ça dépend des goûts.

 

Te rappelles-tu une visite particulièrement marquante lors de tes passages en France ? Je me souviens d’une vidéo où on te voyait jouer dans les rues de Paris…

En effet. Le film a été fait par Le Hiboo, il fait de superbes vidéos. J’adore jouer en France, surtout à Paris, où les gens s’intéressent beaucoup aux arts et à la musique. Ils montrent leur appréciation. En Suisse, par exemple, on voit s’afficher un grand sourire sur les visages, mais ils restent plus calmes. Le public est très différent de celui du sud de la France, où les gens adorent crier ! Aux Pays-Bas, les gens sont très silencieux, mais ils ont pour habitude de boire une bière et de raconter leur journée au voisin. L’atmosphère n’a rien à voir avec ici, où le public est toujours à l’heure, assiste à la première partie et apprécie tout. En tant qu’artiste, je trouve ça merveilleux !

 

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English version (transcript):

 

Anneke Van Giersbergen keeps the dream alive with her most beautiful voice and brightest smile at the Portail Coucou, where The Gathering (the band she played in for twelve years) actually performed almost ten years ago. Let us meet with one of the best singers of our time, and talk about her latest album, "Drive" (2013), the ongoing tour, her collaborations with Devin Townsend and the uniqueness of her audience, composed with more than one universe...

 

You recorded the album “Drive” with your live band; why exactly did you think it would be a better idea this time to be with the other musicians, while the other albums welcomed session musicians?

I had already recorded my first solo album “Air” with the band that I was playing with live. But then the band changed, and I had to record the other albums with the producers I was working with, or people that had time to do it, because I didn’t have one steady band. For the “Everything is Changing” tour, I had the perfect live band. There’s a certain atmosphere on stage when you have the right band and that everything is going smoothly. So I wanted to capture that atmosphere on the album. We recorded in a sort of live situation, although we did a lot of fill-ins and add-ons.

The artwork of the album is quite different from the previous ones. This time, you’re looking right at the camera, it’s simply your face with a blue background. What led you to this artwork?

Above all, I wanted a lot of colors.“Everything Is Changing” (2012) is a bit darkish romantic. I needed a big change thathad to stand out. So I decided to make my hair and lips red, and together with the blue background, it’s really powerful. It’s also because “Drive” is an up-tempo rocky album; it’s more punchy and I think it needed a picture like that.

The song Mental Jungle is really different from the rest of the album, it’s darker, more intense – actually it could have belonged to “Everything is Changing”.

Yes, I agree.

This partly comes from the duet with Turkish singer Hayko Cepkin; you already had performed together. Could you tell more about the duet on “Drive”?

He is one of the most brilliant powerful singers I know. Of course he has this Turkish quality to his melodic sense. I always thought that he had to be on my album one day, but I never had a good song for it. Then I wrote Mental Jungle together with my guitar player and, because of its eastern quality, I immediately thought he would be perfect on it. Hayko accepted to join and he made these fantastic male vocals on it. I asked him to sing something in Turkish because I love this language, it’s so beautiful! He wrote his own parts and I had to translate them for the people who wanted to read the lyrics. We did the song together in Turkey and from that moment I totally wanted to play it live. Hayko is on tape - it’s not the same but at least we get to hear him, since he’s such an important part of the song.

Wouldn’t you want to sing his Turkish parts for the live shows?

I would if I could! But when I was wondering how to do this live, I thought I might sing it myself, since I had already sung with him in the Turskish language in other contexts. So it would have been possible, but it’s not the same without him. And also, sometimes you need the male vocals on one or two songs.

What about the lyrics of Mental Jungle, which are as dark as the music?

I always have difficulty explaining the lyrics… It’s about somebody who has a problem living his life, expressing himself, loving himself… I have friends who have problems loving themselves and taking care and respecting themselves that it’s totally in their way of their lives. I think it has become a big thing nowadays because the world is spinning really fast, and you have to keep standing in this turmoil. So you think so much that your head is like a jungle. You get lost, you can’t get out and you can’t find your way. It sounds like a love song, but you could imagine yourself singing it to your loved ones as well as to your friends.

 

You toured in Europe with Amanda Somerville. Did you know her music or did you hear about her before?

Yes I did. She has been a lady in the scene for a long time. Of course she sometimes does these big shows with Avantasia. She is such a great singer and a nice lady. When we went on tour, it was the first time we really met, and it went really well. I also think our styles fit together really well, since it comes from metal but it’s also rock and a bit of other things.

Last month you participated in the Progressive Nation at Sea cruise, where you did duets with Danny Cavanagh and Devin Townsend, not to mention your own shows. How did it go?

That was brilliant! The cruise in itself is fantastic. Two thousand people are here, loving the same kind of music on one big boat. That’s genius! I was one of the few girls on the ship, but everybody was so respectful. I did two solo acoustic shows and Danny Cavanagh joined me for a few songs, and I also did vocals with Devin Townsend. In all, I did four gigs. And the sun was shining – since it was in Miami. I think of this boat as a micro-world peace because we all love the same music, we all respect each other, and there’s a great atmosphere. Unfortunately it only lasts four days, and I would be totally happy if it was three weeks long! Your world is also small, you don’t have to do anything else than concentrating on your gigs. I also was able to watch a lot of bands. It was simply fantastic!

Wasn’t it weird to perform on a boat?

Yes! I had never done that before.Usually it’s still because it’s a big boat, but sometimes you can actually feelit moving. Sometimes I had to keep steady, with my high heels. Also, you forget you’re on a boat, because again, it’s so big. The show with Devin was really heavy, so I had my gym snickers on, so I was jumping and all of a sudden, the boat went to the left and everybody felt how strange it was! Usually after that you have four days on land when you still feel like you’re on the boat. I felt drunk! It was a good feeling (laughs).

You released a live album in 2010, called “Live in Europe”. Can we hope for a live DVD anytime soon?

I think I should do that. I always thought that I could only have a DVD when I have enough material for it. But honestly, a DVD is also very expensive to make. So I tend to postpone it all the time. One day it will happen, but I have to find the perfect way to do it, the perfect place, the perfect setlist…

Last October at the Metal Female Voices Fest, where you also performed, we saw a lot of female singers making duets. Were you asked by another female fronted band to join them for the festival or even apart from it?

I was asked before, but somehow it never came about. But a duet might be fun. They’re all great ladies, but usually my favorite singers are male, such as Hayko. I think it can add a lot to a song if there’s a male vocal or male background. However, I do have some ideas for touring and for duets with certain female people, but I can’t say yet. It will be this year and I’m thinking of something really good. The thing is, in this scene where there’s so many women and so many things were done, I think it should be more than just a duet. I have a fantastic idea…

 

 

You come from the Metal scene but your music has slowly but surely evolved into something more related to pop rock. So your audience has to be composed with many different people with different tastes. What do you think about such a unique audience?

You’re right, it’s totally unique! Sometimes, in Holland, more teenagers come to see the show. In Holland, I’m more on the television, so there’s a more mainstream crowd at the shows. Then you have the Gathering followers, people who like Devin Townsend, also lots of girls... When you look at the venue, it’s a weird crowd! I love it. You also have older fans who like the prog rock scene. In Holland, still because of the television, I’ve seen groups of ladies who work in an office together and have a nice evening out attending one of my concerts. They don’t know anything about what I did before. The rock element might be really heavy for them (laughs). Whereas, for a metalhead, it’s actually really soft! Somehow, all this people come together. In this day and age, I think it’s so nice to see so many different kinds of people. Abroad, it’s more a metal audience, although there are still some young people, which is great. What binds us together is the music but also the atmosphere. And I talk a lot on stage, and make a few jokes. People feel like home. 

Speaking of jokes and stuff, there’s actually an anecdote that I heard about, which happened during the gig in Colmar (March 25). Somebody from the audience shouted that you had nice teeth, right?

Yes! I said that I never got that compliment in my life. I remembered I have one fake tooth, so I told the story of how I fell in the street and broke my tooth when I was really young. But it’s funny! I like people shouting things at me in-between songs, so I can react! (laughs)

Nightwish founder Tuomas Holopainen always said that the reason why he wanted to have a female singer back then was because of The Gathering. Now that the band has grown so big, how do you feel about such statement?

It’s amazing. I actually saw a recent video of him saying that the Gathering and Liv Kristine inspired him. I feel blessed! He’s a fantastic musician, as we all know. They made it so big. I’m actually very surprised by that.

 

You collaborated many times with Devin Townsend, as we mentioned earlier. His music has always been very special and crazy! What made you want to work with him back then, even though your music styles are so different?

The funny thing is that I’ve loved Devin and his band Strapping Young Lad all my life. At one point we were label mates in Century Media. I knew he knew me, but we hadn’t spoken. I went to a concert of Strapping in Holland. After the show, he walked past me and I didn’tdare to say hello. I was too shy. One day, during a solo gig, I covered one of his songs, Hyperdrive. I sent him the video since I thought it was good. I only knew one person who had his email address. I asked him if he could pass thissong to Devin and tell him he’s great. He answered back and said: “This is peculiar, because I am with him now, in Norway”. Devin said that he was actually recording an album at that moment - which would be “Addicted” (2009), and that he needed female vocals. Within two months, I had my plane tickets to come about. After that, we played live many times, and I’m also on the “Epicloud” album (2012). I’m so proud to work with him because he’s a very interesting genius musician and his music has everything we want: heaviness, but also melody and feelings… He’s so skilled and he’s such a good singer, with an operatic voice! He can do everything. I think he’s one of the best singers around, not to mention his guitar playing. Besides that, he’s a very nice person as well. I learnt a lot from him, like recording, vocals, stage things…

And you’re also a part of “The Retinal Circus” DVD (2013). How was it to work on such a spectacular show?

It’s like a circus! But it’s a miracle that it happened. Everyone prepared their own thing at home, and then we had two days to put this together, so a lot of this was also a bit improvised! I knew there was going to be fireworks, so I asked pretty much in the last minute where I should sing and where I should not! But we did pull it off. Normally, when you have a circus or a theater show as massive as that, you’re supposed to rehearse for weeks or months. But we have two fucking days! After the show, Devin’s crew said that we should make a tour out of it, but it would be way too expensive. So it was a one off. I never did anything like that in my life, and I never will I think, unless Devin makes a new crazy thing! (laughs) I can imagine he’s going crazy with himself all the time.

You’re an eclectic artist, from pop rock to metal and the things in-between. I was wondering if there was one artist or one band we would not have expected you to listen?

I’m not sure. I think I like lots of styles. They’re all dark, in a way. Lots of people who listen to our kind of music like the same stuff as me like singers-songwriters, classical music, soft jazz… There’s also a certain melancholy in it. I like listening to heavy metal - as long as there’s melody, but also people who sing in my local dialect. They sing about life in the area where I live. There’s actually not a lot of styles I don’t like. I don’t like reggae, it’s too non-energetic (laughs). I don’t like fast jazz either, it makes me nervous. But I basically like everything with good melodies, and pop is full of it. My son Finn is nine, and he listens to Katy Perry, Keisha… I won’t play it myself but Finn plays it all the time and I don’t mind.The productions are actually quite heavy, if you pay attention to the drums, but people always laugh at me when I say that! Katy Perry is a huge star, so she can’t be bad. Of course it’s a matter of taste.

Do you remember any visit in France you particularly enjoyed? I know you performed in the street in Paris a few years ago…

That’s right. The film was made by le Hiboo, he makes fantastic videos. I love playing in France, especially Paris because people are totally into arts and music. They show their appreciation. In Switzerland for example, they like it and have a big smile on their faces, but they’re a bit quieter. It’s very different from the South of France where people like to scream! In Holland, people are really quiet but there is a tendency to drink a beer, watch the show and talk about your day to your neighbor at the same time. It’s a whole different atmosphere than here, where they are always on time, they watch the opening act, and they appreciate everything. For us, as artists, it’s fantastic!

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