/// Interview de EPICA

Publié le 22/06/2015 par lucinda

Interview réalisée le 26 novembre 2014 à Marseille.

C'est après un concert mouvementé, où le public marseillais a donné tout ce qu'il avait, que Coen Janssen et Isaac Delahaye, respectivement claviériste et guitariste d'EPICA, ont répondu à nos questions. Ambiance détendue caractéristique d'un moment post-concert, pendant lequel nous avons bien sûr discuté des thèmes et de l'atmosphère du nouvel album, de la tournée, ou encore... des conséquences néfastes d'un headbang trop violent !

The Quantum Enigma

« The Quantum Enigma »  est bien plus lumineux que l’était « Requiem For The Indifferent » (2012). Le caractère optimiste du dernier album était-il un moyen de contrebalancer l’aspect sombre du précédent ?

Isaac Delahaye : En un sens, oui. Malgré tout, on ne sait jamais ce qui peut se passer lorsqu’on s’attaque à l’écriture d’un album. La seule condition, c’est de ne pas se répéter. « Requiem For The Indifferent » est la réaction logique à « Design Your Universe » (2009), qui était lui aussi plus optimiste, avec des compos plus épiques...

Coen Janssen : On a également commencé l’écriture de « Requiem » au moment où la crise touchait l’Europe.

Isaac : Oui, sans oublier le Printemps Arabe. Tant d'événements se sont déroulés, le monde n’était plus très lumineux… Cela transparait dans l’album. En plus de cela, Simone (Simons, ndlr) a eu un enfant, et son chant a forcément été influencé par cette expérience, contribuant ainsi à l'atmosphère plus positive qui se dégage de « The Quantum Enigma ». Cela s'entend clairement dans les morceaux. Quand Coen est devenu père pour la première fois, je me souviens que sa perception du groupe a changé. Il est passé de "Allons nous éclater en tournée, on verra bien ce qui arrive" à "On peut continuer à s'éclater, tant que je suis présent pour mes enfants et que je peux subvenir à leurs besoins."

Coen : Et encore, je ne suis que père. J'imagine que devenir mère doit être encore plus marquant... Une chose que j'ai apprise, c'est qu'on ne devient vraiment adulte que lorsqu'on a des enfants ! Avant cela, nous ne sommes que des enfants nous-mêmes...

 

On remarque en effet que le chant de Simone a évolué, surtout sur un titre comme The Second Stone...

Coen : C'est vrai. Et le son est aussi différent parce que nous avons travaillé avec un autre producteur (Joost Van Den Broek, ndlr). Même avant d'intégrer AFTER FOREVER, Joost produisait pas mal de choses... Quand le groupe s'est arrêté, il s'est vraiment consacré à la production. C'est quelqu'un de très sérieux et de concentré. Il sait vraiment ce qu'il fait. Le changement de producteur me faisait un peu peur, car nous avions travaillé avec Sascha (Paeth, ndlr) pendant si longtemps. Mais j'ai tout de suite été rassuré par son professionnalisme. C'est un plaisir de travailler avec lui !

Isaac : L’une des différences majeures sur « The Quantum Enigma », c’est que nous avons répété tous ensemble avant même d’entrer en studio. On a commencé à enregistrer en pleine pré-production. Dans le passé, on écrivait les morceaux et on enregistrait séparément, dans nos « homestudio » respectifs, et ce n’est qu’au moment du premier concert de la tournée qu’on se rassemblait enfin… Je pense que c’est avant tout pour cette raison que l’album sonne plus « groovy ». Les morceaux prennent toute leur dimension en live, d’où le son puissant dont les spectateurs bénéficient. Grâce à cela, on s’amuse comme des fous ! Pour revenir à ton commentaire sur le chant de Simone, si on travaille avec les bonnes personnes, alors tout roule.

Coen : Et si les morceaux sont bons, alors la voix le sera aussi !

Isaac : En effet, même s'il arrive qu'une composition que l’on croit excellente perde de sa superbe avec les lignes de chant par-dessus... Au contraire, de bonnes lignes de chant peuvent rendre un morceau, au départ banal, tout à fait exceptionnel. Pour cet album, on a pris notre temps. Bien sûr, ce n’était pas le temps qui manquait pour se pencher sur chaque petit détail, puisque Simone était enceinte et que nous avions arrêté les concerts pendant un temps. Tout cela se retranscrit dans nos prestations.

Coen : Et nous avons avec nous une équipe technique du tonnerre !

 

 

Epica - Retrospect

Quelles ont été vos impressions la première fois que vous avez visionné le DVD « Retrospect » (2013) ? De quoi êtes-vous particulièrement fiers et, au contraire, un peu déçus ?

Coen : On était très fiers de voir le DVD, tout simplement ! Mais cela nous a demandé un travail monstre. On a tout fait nous-mêmes, de l'infrastructure aux arrangements musicaux. On peut dire que j'y ai consacré quatre années de ma vie ! (rires) On était ravis d'assister à l'avant-première qu'on avait organisée pour la projection du DVD, et on ne peut qu’être fiers d’avoir accompli une telle chose. D’un autre côté, on voit tout ce qui aurait dû pu être mieux fait… Pendant notre performance, on a dû tout donner, mais en même temps, on devait réfléchir à tout ce qui devait se passer sur scène. Ce n’était pas un vrai concert, c’est plutôt étrange, en fait…

Isaac : Sans compter que la performance en elle-même nous a épuisés. A un moment donné, je me souviens avoir pensé, alors qu'on jouait depuis déjà une heure :"Merde, je devrais être en train de m’amuser, là !". J’étais exténué ! Toute la semaine qui précédait, on a répété, on étudiait ce qu’on était toujours capable de faire ou non, on a réfléchi à la guestlist… On devait faire bonne figure, tout en s’occupant de tout un tas de choses ! Au final, le concert est passé en un clin d’œil.

Coen : Et pourtant, on a joué pendant trois heures, alors qu'un concert ordinaire excède rarement une heure et demie. On se demande encore comment on a pu y arriver ! Ceci étant dit, j’ai récemment revu l’intro, et bien que j’en sois fier, j’ai tout de suite vu et entendu tous les détails qui auraient pu être améliorés.

Isaac : Il en va de même pour toutes nos productions…

 

Est-ce que ça voudrait dire que vous préférez le produit final au déroulement du concert en lui-même ?

Coen : Je crois que c’est toujours le cas. C'est un peu idiot à dire, mais on apprend à aimer le produit final. « Retrospect », c’était du sang, de la sueur et des larmes, du moins plus que d’habitude étant donné que c’était un événement qui ne se produira pas deux fois dans notre vie.

Isaac : En ce qui me concerne, je n’écoute jamais nos albums une fois qu’ils sont finis…

Coen : Moi, je fais ça tout le temps ! (rires)

Isaac : Vraiment, ça me taperait sur le système…

 

 

Epica, 2014

Victims Of Contingency a été co-écrite avec deux membres de MAYAN (l'autre groupe de Mark Jansen, ndlr) : Jack (Driessen, ndlr) et Frank (Schiphorst, ndlr). Comment en sont-ils venus à collaborer avec vous ? Ce morceau était-il supposé servir pour un prochain album de MAYAN ?

Isaac : En réalité, cela ne concerne qu’un riff. C’est Mark qui a écrit le morceau, mais Coen a ensuite modifié pas mal de choses. Il y avait une partie qui devait durer plus longtemps, mais ça faisait un peu lourd… On s’est rendus au « homestudio » de Mark pour apporter à notre tour notre contribution.

Ceci étant dit, j’ai écrit Chemical Insomnia lorsque je faisais encore partie de MAYAN. Je me souviens que Mark voulait l'utiliser pour MAYAN, mais j'insistais pour qu’elle revienne à EPICA. De son côté, il souhaitait vraiment l’enregistrer pour MAYAN ! J’avais déjà entamé la composition de la chanson avant que « Requiem For The Indifferent » sorte. C’est finalement devenu un morceau d’EPICA, avec son intro asiatique…

 

 

Comment décririez-vous votre rapport avec les fans ?

Coen : On s'efforce d'entretenir de bons rapports avec nos fans, mais cela devient de plus en plus difficile de faire plaisir à tout le monde... On organise des rencontres avant les concerts avec les packs VIP, qui nous permettent de nous rapprocher de certains fans, mais je sais que ça ne concerne pas tout le monde. En même temps, on ne peut pas faire ça avec deux-cents personnes... On essaie vraiment de contenter les fans, et on est conscients qu'on leur doit beaucoup, mais il y en aura toujours qui ne seront pas satisfaits...

Isaac : On reçoit des tonnes de messages, que ce soit par email ou par Facebook... On reçoit même des lettres et des dessins. Ce n'est pas toujours évident de garder le rythme et de répondre à tout le monde. J'ai déjà essayé, mais quand je réponds, les gens répondent à leur tour, et on doit alors gérer plusieurs conversations en même temps...

 

Diriez-vous que les réseaux sociaux ont rendu vos échanges avec les fans plus faciles ?

Coen : Il est clair que maintenant, les fans peuvent nous contacter plus facilement ! Ils essaient même de nous contacter sur nos profils privés... Avant, il y avait les forums et les fanclubs, c'était plus simple. Maintenant, il n'y en a plus que pour Facebook et Twitter.

Isaac : J'ai une petite amie et une famille, et ils essaient également de me contacter. Eux passent avant tout, aussi grand le respect que je porte aux fans soit-il. Parfois, on n'a même pas Internet... Et on manque de temps ! On est donc très limités... Je pense que la plupart des fans ne se rendent pas compte de cela.

Coen : Il faut aussi qu'on prenne le temps de dormir !

Isaac : Oui, surtout Simone, qui doit reposer sa voix... Bien sûr, c'est le visage du groupe, donc elle reçoit toutes les critiques, aussi bien positives que négatives. On la critiquera si elle ne s'est pas arrêtée pour saluer les fans, par exemple... On ne peut pas contenter tout le monde. C'est comme ça. Ça vaut aussi pour les concerts : certains seront très satisfaits de notre setlist, d'autres nous reprocheront de ne pas avoir joué certains morceaux. Ce soir, par exemple, nous n'avons pas joué de ballade... Et je pense que certains en feront la remarque !

 

 

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Isaac, tu headbangues énormément… Comment arrives-tu à gérer cela chaque soir, pendant toute une tournée, sans que ta tête finisse par rouler par terre ?

Isaac : (rires) Très bonne question ! J’ai commencé la tournée avec un début de hernie… J’avais très mal au cou. Mais bon… “The show must go on”, comme on dit ! J’ai bénéficié de massages et de chiropractie. Ce n’est pas évident, et j'en souffre beaucoup. Cela ne fait d’ailleurs que quelques jours que je me sens assez bien. Au début, je ne pouvais pas vraiment bouger comme d’habitude ou faire l’« Hélicoptère »…

Coen : Eh oui, ça porte un nom ! (rires)

Isaac : J'étais vraiment frustré ! J'ai donc entrepris de headbanger en partant du dos…

 

 

 

Du « backbanging » ?

Isaac : C’est ça, oui ! (rires) Toutefois, le jour suivant, j’ai eu mal au dos parce que je n'y suis pas habitué… Bref, j’avais mal partout !

 

La seule solution serait de te couper les cheveux, comme Coen…

Coen : Je te signale que j'headbangue toujours ! Le truc, c’est que je ne peux plus me cacher derrière mes cheveux… Avant, j’étais quasiment allongé sur mon clavier ! (rires) Mais maintenant, tout le monde voit mon visage… C'est plus difficile de s'endormir sans que les gens s'en aperçoivent !

Isaac : C’est Henri « T.S.K. » Sattler, le chanteur de GOD DETHRONED, qui m’a donné l’idée de ce que tu appelles le « backbanging »… Mon médecin m’a conseillé d'arrêter, parce que mon cou est très abîmé, maintenant…

Coen : Mais comment pourra-t-il continuer à être ton médecin si tu arrêtes ? (rires)

Isaac : Tout à fait ! (rires) Ceci étant dit, je considère cela comme un défi à relever. C’est la seule chose que je puisse faire sur scène, puisque mes deux mains sont prises…

 

 

D'après mes souvenirs, il y a trois ou quatre ans, le public n'était pas friand des "wall of death" et autres "circle pit"... Est-ce devenu une nouvelle habitude de votre public ?

Coen : Je crois que ça n'arrive qu'à Marseille ! Ce soir, le public était vraiment fou...

 

C'est avant tout Mark qui a demandé au public de faire un "circle pit" !

Isaac : C'est vrai, mais il ne l'aurait jamais demandé si le public était resté de marbre toute la soirée ! (rires) Je pense aussi que le coté plus heavy de notre nouvel album encourage ce genre d'énergie. Il se peut bien que les metalleux bourrus et rustres apprécient EPICA, désormais ! En fait, même les anciens morceaux sonnent plus heavy et ont une autre dimension. Ce soir, ça bougeait vraiment, c'était super !

 

 

Cela fait plus de neuf ans qu’EPICA a joué aux alentours de Marseille pour la première fois, lors de la tournée de « Consign To Oblivion » (2005). Coen, te souviens-tu quoique ce soit de ce concert ?

Coen : Oui ! J’en parlais justement avec Mark... Je me souviens que c’était une salle un peu étrange, dans un bâtiment bleu… Il y avait une scène triangulaire dans un angle. Notre ingé-son y était déjà venu avec THE GATHERING, et la première partie était un groupe dont personne n’avait jamais entendu parler, du nom de COLDPLAY… Je ne sais pas si c’est une histoire vraie, mais c’est ce dont je me souviens du concert ! Je me rappelle aussi notre première partie, THE OLD DEAD TREE, qui était un groupe français, non ?

 

C’est exact !

Coen : Le concert était très bien, mais ce n’est rien comparé à aujourd’hui. C’était il y a pratiquement dix ans…

 

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Avec la contribution et la participation de Metal Ways

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