/// Interview de Haemoth

Publié le 12/01/2012 par Dzo

La sortie de 'In Nomine Odium' a fait l'effet d'un pavé dans une marre de crasse dans le domaine de la scène black française. Un joyau hystérique rempli de haine et de violence qui ne laissera aucun amateur du genre indifférent. Entretien avec Hth, tête pensante de l'entité Haemoth.

Bonjour Hth, merci de nous accorder du temps pour cette interview.

‘In Nomine Odium’ vient de sortir il y a quelques jours, as-tu eu des échos, des avis sur ce nouvel opus? Es-tu satisfait du travail accompli?

Hth: Les retours que nous avons reçus sont plutôt bons dans l’ensemble, il semble que les personnes ayant écouté l’album l’ont ressenti tel qu’il devait l’être, un album direct et plutôt intense, une suite logique à ce que nous avons pu réaliser avec Haemoth par le passé, on ne réinvente pas le genre, on le pratique de manière efficace, c’est exactement ce que nous voulions faire sur cet enregistrement et nous en sommes complètement satisfait.

J’imagine que les paroles de l’album évoquent toujours une très grande misanthropie. Comment vis-tu au quotidien cette haine insatiable de l’espèce humaine? Te conduit-elle à un isolement social?

Hth: Les paroles de cet enregistrement sont dans la lignée directe de notre état d’esprit, et ce depuis le début de ce projet, c’est très cohérent, si nous devions prendre une orientation différente, on arrêterait tout simplement pour passer à autre chose. Haemoth est un exutoire qui nous donne un équilibre, l’isolement social est une évidence pour la création d’un tel projet, après il est bien évident qu’on a des obligations, il faut bien manger…

Avant cette nouvelle immondice, on a plus eu de nouvelles d’Haemoth depuis ‘Kontamination’ en 2005. En 2006-2007, tu as sorti un full-lenght et un EP avec Spektr. Durant cette période, ce projet parallèle t’inspirait plus qu’Haemoth?

Hth: Spektr est tout simplement un projet qui demande une “attention” et un investissement particulier. Il n’est ici pas question de manque d’inspiration, mais Spektr demande une autre forme d’isolement, sans « parasites », tout comme pour Haemoth. A l’époque du premier album de Spektr, j’enregistrais « Vice… » en même temps,  avec le recul ce n’est pas le choix le plus judicieux, chacun de ces projets demande une immersion totale tout simplement.

La scène française compte quelques groupes très riches (Blut Aus Nord, Nehemah, Aosoth, Deathspell Omega, pour ne citer qu’eux), quel est ton ressenti sur cette scène?

Hth: Même si j’entretiens quelques bons contacts, je reste très à l’écart de la scène en règle générale. Nous avons de très bons groupes en France, et beaucoup de très mauvais, comme partout ailleurs finalement… Tant qu’à parler de « scène » je préfère la voir dans son ensemble, sans frontières, et ne retenir que ce qui m’intéresse.

Penses-tu que cette dernière soit aussi riche que les scandinaves, voir meilleure actuellement?

Hth: Actuellement je ne trouve pas la scène scandinave très intéressante, les groupes que j’apprécie se comptent sur les doigts d’une main, soit ils sonnent trop propres à mes oreilles, soit trop « paysans », voire mielleux… La scène française à ce coté plus sale qui me correspond beaucoup plus, je n’ai jamais cru que le Black Metal devait chanter les louanges des montagnes, elfes et autres fées, ce doit être l’incarnation de la crasse et du nauséabond.

Le fait que tout parte en couille dans ce pays favorise t’il d’avantage ta haine? Est-ce une source d’inspiration pour toi et Syht?

Hth: Selon moi l’être humain n’a pas attendu que notre pays parte en couille pour être médiocre, le climat actuel ne fait que mettre un peu plus en évidence ce qui est pour nous une source d’inspiration.

Quels sont les groupes qui vous inspirent le plus? L’ambiant mêlé à l’indus semblent prendre une place prépondérante dans vos compositions, des groupes comme Lustmord t’influence t’il?

Hth: J’aime bien Lustmord, Aghast, Brighter Death Now, Atrax Morgue…. J’aime beaucoup la scène Indus/Ambiant/Noise mais pas seulement, peu importe le style, tant que le fond est noir, il y a toutes les chances pour que j’accroche.

Ou en sont vos projets parallèles? Un nouvel album de Spektr ou d’Inpestae va-t-il voir le jour? ‘Naer Death Experience’ était une pièce vraiment bien ficelée.

Hth: Le nouveau Spektr sera bientôt disponible, une nouvelle expérience sans aucun doute... J’ai toujours Inpestae à l’esprit mais le manque de temps et le fait que je ne possède plus de batterie me ralentissent sur ce projet, quoi qu’il en soit je lui donnerai une suite, je ne sais pas quand exactement. Demonium est également un projet sur lequel on a rebossé avec Syht, aujourd’hui le projet est un peu plus éloigné de ce qu’on a pu faire aux débuts, mais l’orientation reste la même.

Pour en revenir au nouvel album, ‘In Nomine Odium’ bénéficie d’une production moins crade que ‘Kontamination’ et ‘Satanik Terrorism’. Est-ce une évolution volontaire de votre part ? Ce nouvel arrivant devait sonner plus propre pour une raison X ou Y?

Hth: Pour “In Nomine Odium”, on a cherché à obtenir plus d’impact et de nervosité, le son s’en trouve un peu plus propre, mais toujours avec ce coté sale. Sur « Kontamination », le son était sali à l’extrême et ça collait parfaitement au concept. La prochaine étape pour nous et d’allier la saleté de « Kontamination » et l’agressivité de « In Nomine Odium ».

Comment vous organisez-vous avec Syht pour composer? Est-ce réfléchi à l’avance ou sous l’impulsion du moment?

Hth: La plupart des compositions sont créées de manière très impulsive, on a presque toujours fonctionné de cette manière, on capte mieux l’intensité selon moi. Par la suite on retravaille l’ensemble, et on enregistre. Pour la première fois on a bossé au clic parce que notre but était l’efficacité, ça nous a demandé un temps d’adaptation, on avait l’habitude d’enregistrer de manière très chaotique, mais rien d’insurmontable, je ne sais pas comment nous procéderons pour les prochains enregistrements mais la méthode de composition restera basée sur l’improvisation et le coté impulsif, c’est certains.

Songez-vous à réaliser une vidéo comme tu as pu le faire avec Spektr?

Hth: J’y ai pensé plus d’une fois, mais c’est un travail trés long. Je ne saurai pas dire combien d’heures j’ai passé afin d’obtenir les 12 minutes du court métrage de Spektr, mais ça m’a demandé énormément de temps, c’est le principal frein à une future vidéo, que ce soit pour Haemoth ou Spektr. Ceci dit, on l’a à nouveau envisagé pour Spektr, rien n’est donc définitif, pour l’un ou l’autre de ces projets...

On ne sait que très peu de choses de l’entité Haemoth. Pratiquement pas de photos, peu d’interviews et vous ne vous produisez pas en concert. Ce choix est-il dû à l’aspect underground de votre musique que vous voulez conserver?

Hth: C’est en rapport direct avec le concept d’Haemoth. Je ne vois pas comment on pourrait partager des concerts avec un public, ça ne nous correspond pas du tout. Nous ne sommes pas à la recherche de gloire, on ne prend pas plaisir à jouer pour les gens : on ne le fait pas. Nous aurions pu developper ce projet sur le plan promotionnel/commercial en faisant des concerts, on a refusé beaucoup de propositions, mais il est tout simplement hors de question de nous fourvoyer, seule notre volonté est prise en compte.

Pensez-vous que l’esprit d’Haemoth ne peut-être retranscrit en concert ? Que c’est une chose personnelle que chacun se doit d’apprécier à sa juste valeur en se plongeant dedans chez soi?

Hth: Chez soi, dehors ou n’importe ou, peu importe. Nous ne ne sommes pas dans la recherche du partage avec ce projet, on sort des albums avant tout pour nous, après les gens sont libres d’aimer, de détester ou d’écouter Haemoth comme bon leur semble. Nous fixons les limites : pas de concerts, paroles indissociables de la “musique“, toute la partie artistique est réalisée par nous même, ensuite les gens font ce qu’ils veulent avec ce qu’on sort, et ça ne nous pose aucun problème.

Que penses-tu de ces groupes qui s’autoproclament underground parce qu’ils jouent dans une cave, et enregistrent une tape complètement pourrie?

Hth: Il n’y a pas de mystère pour moi, si la tape est pourrie : elle est pourrie. Elle peut bien être enregistrée dans une cave ou dans les studios de Sony music, une merde, même dans un joli coffret reste une merde. Si le coté pourri est volontaire, aucun problème pour moi, c’est une démarche que je comprends profondément, mais si c’est Underground juste parce que ça ne peut rien être d’autre, ça traduit juste de la médiocrité. Sortir un enregistrement simplement pour la gloire, aucun intérêt selon moi. Les seules “victimes“ sont ceux qui sortent ces tapes pourries, ils se mentent à eux même en cherchant un peu de gloire là ou ils peuvent espérer en trouver, c’est juste pathétique et les gens ne sont pas dupes. Peu importe la forme, pourrie ou non, tout est question d’authenticité et ce point de vue est valable pour tout à mes yeux.

Haemoth existe depuis près de treize ans. En regardant derrière toi, as-tu des regrets sur des choix que vous avez pu faire dans le passé?

Hth: Je ne regrette rien, j’ai toujours été fidèle à mes valeurs, on ne s’est jamais fourvoyé, donc aucun regret sur le plan artistique. S’il y avait une chose à corriger, ce serait notre deal avec ISO666, il a pressé 2 à 3 fois plus de cds de „Vice..“ que les 1000 copies convenues, ce gars est un fils de chien, rien de plus...

Merci pour tes réponses, je te laisse le mot de la fin.

 Hth: ...

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