/// Interview de Mystery Blue

Publié le 30/11/2007 par Lynn

Mystery Blue, probablement une des plus belles histoires du Heavy Metal directement venue des terres alsaciennes ! Né dans les années 80, le groupe porte avec lui un sacré vécu dans le milieu : des tournées avec de grands groupes tels que Motörhead, Saxon, Def Leppard, Satan Jokers, Tyran' Pace, Vengeance, etc … ! Animé par la foi et l’amour pour la musique, Mystery Blue trace sa route et garde sa passion intacte. Malgré des changements de line-up, le groupe est aujourd’hui un noyau dur, composé d’étonnants musiciens.
Leur sixième album « Claws Of Steel » a été enregistré au H.O.A Studios (Silent Force, Angra, Vanden Plas, Pink Cream 69, …) en Allemagne. D’autant plus que le mixage a été fait avec le fameux Achim Köhler (Accept, Primal Fear, Brainstorm, Sinner,…). De puissants riffs, des mélodies prenantes, Mystery Blue saura attirer votre attention. Une de leurs particularités réside dans la voix, qui n’est autre qu’une voix féminine. Remballez vos idées préconçues et écoutez donc la puissance de leur musique ! Nos musiciens travaillent d’ailleurs sur leur prochain album… et il vient d'être enregistré !

Frenzy (guitariste) et Nathalie (chanteuse) m'offrent un peu de leur temps avant le concert afin de répondre à mes questions...

MF : Voilà un groupe de notre belle région, et qui en plus a un grand vécu derrière lui… Peux-tu nous raconter l’aventure de Mystery Blue ?

Frenzy : Comment ça a commencé ? Et bien avec deux copains qui pensent à monter un groupe. A l’époque, on était fan de plein de groupes, style Black Sabbath, Judas Priest, Status Quo… Et en fait Mystery Blue est né du fait que nous étions fans de Status Quo. On cherchait un nom et notre préférence était celle d’un album de Status Quo qui s’appellait « Blue For You » et la chanson préférée était « Mystery Song ». Donc ce n’est pas plus compliqué que ça !

Nathalie : Oui et vous avez commencé rapidement à jouer à de supers concerts.

Frenzy : Oui, le groupe s’est formé très vite et on a eu la chance de se trouver à la bonne époque, avec pleins de groupes, et des groupes internationaux qui passaient à Strasbourg. On n’avait pas un week-end sans qu’il y ait un concert… Et des groupes de plus grosse pointure ! Le Rhénus (salle de concert de Strasbourg) par exemple, tournait à fond. Ce qui se passe actuellement n’est pas explicable….Là, j’ai du mal à comprendre ce qu’il se passe car il y a un public, il y a plein de groupes, mais ces groupes ne sont pas assez soutenus. Un peu partout on entend : « Oui, on supporte les groupes locaux », et en fait dans la réalité quand on se présente éventuellement pour une première partie, on nous dit par exemple : « Non, le groupe ne veut pas », et finalement, le groupe se retrouve avec une première partie qui vient de je ne sais où, de Paris, Lyon, etc… Enfin voilà, le soutien n’est pas réel. Ces gens là sont des habitués maintenant, ils se téléphonent… C’est quand même bizarre que des groupes viennent deux fois en première partie…

Nathalie : Oui mais tu sais à la Laiterie (salle de concert de Strasbourg) ils ont leurs connexions…

Frenzy : Oui mais quand on prône le fait qu’on soutien les « groupes régionaux »…. Il faut dire que le monde actuel ne tourne plus comme il y a 20 ans.

MF : A l’époque c’était donc plus propice pour un groupe comme vous de jouer…

Nathalie : Oh oui, à l’époque, il y a avait beaucoup plus de sorties que maintenant, on était par exemple moins devant l’ordinateur !

Frenzy : Oui, le phénomène Internet a fait que les gens se sont scotchés devant leur écran, ils vivent plus ponctuellement que la réalité… Et nous, à l’époque, sur trois semaines d’affilées, on savait où on allait aller, à quels concerts…

Nathalie : Et puis c’était plus abordable niveau prix. Maintenant on est obligé de choisir.

Frenzy : Sans compter les restrictions. Ce n’est pas étonnant qu’un jeune télécharge quand un CD dépasse les 20 euros. Mais c’est sûr que ca a fait sauter des groupes, ça les pénalise. C’est bien beau, c’est gratuit, mais c’est pas gratuit pour les groupes. Il n’y a que les gros groupes qui arrivent à tenir, mais pour la plupart des groupes comme nous, on en a à nos frais. Ca nous suffit, mais bon, je dis toujours que si on avait fait ça pour l’argent, je pense qu’on n’a sûrement pas fait la bonne musique. Là, on aurait tout faux. Mais bon, on fait ça pour la passion. Ce que j’appelle la foi…

MF : Pour avoir reformé le groupe après tant d’années, c’est que tu avais vraiment ça dans tes trippes.

Frenzy : Ah ça, c’est une autre histoire ! (rires)

Nathalie : Enfin « repris »… T’as jamais vraiment arrêté ! Ce sont les autres qui sont partis un à un mais lui, il avait toujours le groupe.

Frenzy : Il faut savoir que pendant le temps mort, j’ai quand même auditionné. Il y a des gens qui sont arrivés, qui se sont dit : « Strasbourg ? C’est bon, on peut y aller… C’est facile », mais en fait ils se rendent compte que c’est pas aussi facile que ça, qu’il n’y a pas que la musique car le groupe c’est un ensemble…c’est plusieurs personnes qui font un truc ensemble.

Nathalie : C’est vrai qu’il y a eu quelques line-up intermédiaires, mais ça n’a rien donné.

Frenzy : Oui, ça n’a pas donné grand-chose. Il faut s’investir, faut mettre de l’argent aussi.

Nathalie : Et du temps surtout ! C’était le plus critique en général….parce que souvent il y avait des mecs qui étaient très motivés, et une fois qu’ils avaient une copine, c’était plus la peine.

Frenzy : Il faut savoir être sérieux.

MF : Frenzy, j’ai entendu dire que tu étais « une mine inépuisable de riffs ».

Nathalie : C’est encore moi qui ait dit cette bêtise (rires). Non mais c’est vrai !

Vince : C’est pas une bêtise, c’est la vérité.

Nathalie : Il part parfois dans tous les sens alors il faut qu’on le canalise, qu’on l’arrête car il fait 3000 trucs et on lui dit « Attends attends, ça c’est bien, développe le ! »

Frenzy : Faut lui dire la vérité ! « Vite vite on l’enregistre ! » (rires)

Nathalie : Ben oui, il y a tellement de riffs qu’il peut les oublier le lendemain alors on lui dit « On enregistre ?! » mais il veut jamais ! On ne sait pas d’où ça lui vient… ! Mais c’est sûrement à force d’écouter, de jouer,…

Frenzy : C’est surtout le son.

Nathalie : Oui dès qu’il a un autre son, il nous sort des nouveaux morceaux.

Frenzy : Je m’habitue trop vite au son que j’ai et il me faut quelquechose d’autre.

Nathalie : Le jour où il sera satisfait, ce sera mauvais signe ! (rires)

Frenzy : Ce sera la fin !

Nathalie : Oui, mais pour le moment il est productif, c’est aussi un hyperactif ! Je sais pas si t’as remarqué !

Frenzy : « La bombe humaine » (rires)

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MF : Par rapport à la voix, était-ce volontaire d’avoir une voix féminine ?

Frenzy : Non pas du tout.

Nathalie : J’ai du batailler sec ! Ils voulaient plutôt un mec.

Frenzy : C’est pas qu’on voulait plutôt un mec, mais on était juste habitué à un mec. J’avais même pas pensé à une femme.

Vince : A l’époque c’était rare quoi…

Nathalie : Non mais sincèrement, même moi, je lui disais de prendre un mec, que c’était mieux. J’étais aussi dans ce trip là…style Rob Halford…forcément, c’était une de mes idoles, c’était pas une fille ! Je me disais, ils veulent progresser, il leur faut un mec ! Et comme j’étais bien dans le milieu, grande fan et tout, le niveau d’anglais était bon aussi… Un jour, ils m’ont dit : « Tu veux pas essayer ? » On avait déjà fait des textes ensemble.

Frenzy : De toute façon je lui ai dit que si elle ne le faisait pas, j’arrêtais. Car ça commençait à être pénible de tomber sur des gens avec lesquels ça ne donnait rien.

Nathalie : Et bon, pour vraiment me lancer, j’ai quand même fait une école de musique pendant deux ans. Parce qu’entre chanter un peu dans des chorales par-ci par-là et être chanteuse dans un groupe de metal… c’est quand même plus exigeant !

MF : Et le chant c’est quelquechose que tu as toujours aimé ?

Nathalie : Ah oui oui ! Quand j’étais petite je chantais et je faisais de la batterie. On avait un orchestre avec mes parents, donc c’est assez naturel. Mais c’est vrai que je voyais plutôt un mec pour être chanteur de metal. Mais bon, j’avais toujours en moi ce côté « garçon manqué », donc ça se complète bien.

MF : J’imagine que tu te sentais à l’aise dans le milieu alors.

Nathalie : Oui oui mais je n’osais pas trop. Mais Frenzy m’a un peu provoquée alors ça allait mieux. Il fallait s’imposer quoi, parce que les mecs se disaient : « Oh une gonzesse, c’est quoi ça…?! »

MF : Et quels étaient les retours alors ?

Nathalie : En fait je ne les sentais pas tout de suite, mais on me le disait souvent par après…Parce qu’on ne me le dit pas souvent en face, tu vois. Ca fait parfois de la peine quand tu lis certaines chroniques et que tu te fais casser seulement parceque tu es une fille. Et bizarrement c’est souvent des chroniques faites par des filles… c’est triste ! Mais sinon, au contact direct, je n’ai jamais eu de problèmes.

Frenzy : Si tu devais écouter toutes les critiques, tu n’en finirais plus. On n’est pas des machines, y’a des soirées où c’est bien, d’autres où c’est moins bien. Mais c’est sûr que certaines critiques…. Je trouvais ça petit.

Nathalie : Y’en a qui critiquent vraiment sur des détails. Et en plus ils ne le disent pas, mais tu le lis en travers !

MF : Vous devez avoir une bonne culture musicale des années 80 !

Nathalie : Oui c’est tout à fait ça ! C’est d’ailleurs grâce à ça qu’on s’est trouvé car on adorait les mêmes choses… Et c’est pour ça qu’on a aussi appelé Rikki (bassiste) par la suite car on le connaissait par les concerts, on allait dans les mêmes endroits… On ne savait pas qu’il faisait de la basse, mais on savait qu’on écoutait les mêmes choses. Donc à force, on s’est retrouvé comme ça.

MF : Justement par rapport à vos groupes fétiches des années 80, trouvez-vous qu’ils ont changé au fil des années ? Ont-ils évolué d’une manière qui ne vous plait pas ou sont-ils restés fidèles à eux-mêmes?

Frenzy : Oui, ils restent fidèles à leur style.

Nathalie : Mais ils évoluent quand même avec le son.

Frenzy : Ben nous aussi, on ne joue plus pareil que dans les années 80, mais on reste quand même fidèle à ce qu’on est. Le fond, on y est fidèle, ça ne change pas. Après, on ne peut pas faire chaque album pareil. C’est sûr que les gens peuvent dire « Ouais, ils ont un peu dévié ».

Nathalie : Parfois ils font des expériences, un peu différentes, ils ont aussi leur droit.

Frenzy : Y’a des nouveaux sons donc bon … C’est pas parcequ’on vient des années 80 qu’on doit rester collés aux années 80. C’est pas interdit de faire autre chose.

Nathalie : Parcontre le son doit être actuel car l’oreille s’habitue ! Alors on veut de l’actuel quand même.

MF : Vous sentez que ce type de metal revient en force à l’heure actuelle ?

Nathalie : Oui je pense qu’il revient.

Frenzy : Il revient mais il faut espérer qu’il ne soit pas freiné. C’est ça le problème, la France n’a jamais été propice pour le metal.

Nathalie : La France n’est pas vraiment un modèle pour ça.

Frenzy : Je peux pas dire non plus « La France, la France c’est pas bien », car il y a un public, mais le problème c’est que lorsqu’il y a un événement, on en parle pas et après c’est évident que les gens se disent : « Le metal est mort ». Et tu ne peux pas dire que le metal est mort, ce n’est pas vrai. Alors nous aussi on est mort alors. La preuve ce soir, on est à une soirée et il y a du monde.

Nathalie : Disons que ces dernières années il y a de plus en plus de petites choses mais multipliées, par rapport à 5 – 6 ans où c’était vraiment mort je trouve. Ca revient quand même tout doucement. Il y a des petites associations qui fleurissent un peu partout…

Frenzy : Il y a un regain. Mais bon il faut voir aussi que ces associations ne sont pas vraiment soutenues. Il y a d’autres genres musicaux qui sont vraiment soutenus, on leur donne les moyens.

Nathalie : Pour nous, ça a toujours été un peu la démerde, mais ça fait aussi partie de la mentalité.

Frenzy : Oui, mais si on avait le même soutien, ce serait différent…

MF : Frenzy, es-tu nostalgique du passé du groupe ou bien le prends-tu comme une force ?

Frenzy : Nostalgique ? Non, pas du tout.

Nathalie : C’est quand même une sacrée force.

Frenzy : Oui, totalement !

Nathalie : Et puis ça te permet d’avoir du recul.

Frenzy : Les gens peuvent me baratiner là-dessus, j’en ai rien à faire. Je l’ai vécu !

Nathalie : Il n’a plus rien à perdre, il a juste à gagner.

Frenzy : Ils peuvent qu’en parler, nous on l’a vécu ! Vince aussi de son côté a un vécu, je ne suis pas le seul. Et les amis, les gens … ce qu’ils racontent … ça me blesse plus pour le groupe quand j’entends des choses, que moi-même.

MF : Qu’en est-il du public qui vous a connu lors de vos débuts ? Vous ont-ils suivi ?

Nathalie : Disons qu’il y a forcément eu une cassure, mais il y a des gens qui nous retrouvent et qui sont tout étonnés qu’on existe encore. Alors parfois on a des messages sur le site : « Ah ! Mystery Blue, mais ça existe encore ?! Je connaissais à l’époque et je connaissais tel ou tel morceau … ! » Et en concert parfois on le voit quand on joue un vieux morceau, et on voit une réaction dans le public. Et même en Allemagne, ils chantaient les toutes vieilles chansons !

Frenzy : Qu’ils chantent les chansons… t’es surpris quoi ! J’étais content, mais surpris ! Les mecs ils connaissaient ! C’est génial. Et puis y’a pas le côté coincé qu’on a ici.

MF : Mystery Blue est un groupe qui a toujours la foi !

Frenzy : La foi, c’est ce qu’il y a d’intact. C’est vrai. Même si c’est parfois difficile, on avance. Quand on parle d’avancer, certains s’imaginent déjà la tournée mondiale, le gros truc… En fin de compte c’est pas comme ça que ça se passe. Et nous, on est là, on est encore là, et on sera toujours là.

MF : Parlons de votre dernier album, « Claws Of Steel ». Quels mots vous viennent à l’esprit quand vous pensez à l’album dans sa globalité ?

Nathalie : Les griffes, la hargne, le fait d’être authentique, de faire ce que tu as vraiment envie de faire.

Frenzy : Je courais après un bon premier album, et là il est arrivé.

Nathalie : C’est aussi le début de quelquechose de plus mûre. On s’est dit : « On refait la même chose mais en mieux ! » (rires)

Frenzy : On s’est aussi donné les moyens. Souvent on nous dit : « Le son est superbe ! », mais bon, faut aussi le chercher.

Nathalie : Ben oui, faut aussi le vouloir ! On a travaillé avec Achim Köhler (Accept, Primal Fear, Brainstorm, Sinner,…). D’abord on s’est dit qu’il allait être inaccessible et on lui a quand même demandé combien il prenait, et finalement ça allait. On ne savait pas si il allait être d’accord donc il a écouté ce qu’on faisait, ça lui a tout de suite plu et il a été d’accord de bosser avec nous. Donc on s’est lancé, et là on va encore travailler avec lui pour le prochain ! On pense que ce sera encore un meilleur boulot car du coup on se connait mieux maintenant réciproquement et il saura déjà mieux ce que l’on veut.

Frenzy : Et c’est pareil avec le studio, on se connait mieux. L’ingénieur du son connait nos réactions, il sait comment nous prendre car c’est pas toujours évident pendant les passages à vide. Moi je suis plutôt quelqu’un d’électrique !

Nathalie : L’ingénieur du son est quelqu’un de très zen, et c’est justement ce qu’il faut.

Frenzy : C’est l’endroit où l’on pousse les limites, et où on est à nu.

Nathalie : On est face à soi-même et c’est chaque fois une remise en question. C’est un peu comme une thérapie on va dire.

Frenzy : C’est là où il faut assurer !

MF : Après ce prochain enregistrement, avez-vous déjà des projets ?

Nathalie : Non, on ne sait pas encore vraiment, car on est tellement dedans…Et puis après il faut toujours voir par rapport au label, ce qu’il a prévu, etc…

MF : Pour finir, je vous laisse la parole dans le cas où vous auriez quelquechose à dire qui vous tienne à cœur ?

Frenzy : LE METAL N’EST PAS MORT ! (rires)

Nathalie : On va vous le prouver !

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