/// Interview de Nostromo

Publié le 01/04/2003 par Anarch-x

Rencontre avec Jéjé (guitare) et Lad (basse) dans un petit café avant leur première date à la Boule Noire à Paris, le 1er avril 2003.

MF : Pourquoi le nom Nostromo ?

Jéjé : Bah Nostromo c’est tout simplement parce qu’on est fans d’Alien, et Nostromo c’est le nom du vaisseau dans le film Alien, c’est froid, gluant et puis dégueulasse (rires). L’idée c’est que ça représente un truc sombre, lointain, cradingue, dans lequel il se passe pleins de trucs laids, donc on estime que c’est assez visuel pour correspondre au nom de groupe.

MF : Avez-vous étés influencés par d’autres formes d’arts que la musique, que ce soit le cinéma, la littérature …. ?

Jéjé : Bien sûr, je pense que plus ou moins, tout ce qui nous entoure nous influence, on met dans notre musique tout ce qu’on a pas moyen de sortir de manière verbale. Y’a pas mal de trucs … par exemple, Matrix, le film, m’a influencé pour faire des paroles, ce genre de trucs. Apres, savoir si Baudelaire nous a influencé … blablabla … je pense pas.

Lad : Victor Hugo, c’est peut-être possible ….

Jéjé :Non, je crois qu'avant tout, on fait ressortir les choses comme elles viennent et puis ça se goupille bien ensemble.

MF : On parle un peu d’une scène suisse avec des groupes tels que Shora, Knut, Unfold … Comment ça se passe en Suisse, il y a une communauté soudée ?

Jéjé : Le concept des collectifs qui existe en France comme Coriace, on n’a pas du tout ça en Suisse, chacun fait son truc de son côté et en même temps je peux pas tellement parler pour la scène Suisse, mais pour la scène genevoise, il y a un truc qui est en train de se passer, parce qu’il y a beaucoup de groupes qui vraiment ont envie de se sortir les pouces du *** et qui le font. Résultat, quand tu vois Knut qui part au Etats-Unis pour les tournées, tu te dis « nom de Dieu, on va au charbon ! », c’est super motivant. Tout le monde met des coups de pieds au cul à tout le monde, ce qui fait qu’il y a un truc qui se passe. Apres, la scène suisse, de manière générale, je peux pas t’en parler car je la connais pas, à partir du moment où ils sont de la Suisse allemande …

MF : ... il y a une barrière de la langue ?

Jéjé : Pas seulement la langue, il y a vraiment un clivage assez net.

MF big-smileu point de vue culturel ?

Jéjé : Carrément, en plus nous à Genève, on est vraiment un petit peu les séparatistes. On a une enclave en France et on a beaucoup plus de frontières communes avec la France qu’avec la Suisse, et puis au niveau de la mentalité, au niveau de, tout bêtement, la radio, la télé, ce genre de trucs, on reçoit les programmes français.

Lad : Et puis on a été français pendant 20 ans, non ?!

Jéjé : Nom de Dieu ! Après, la Suisse allemande, je sais qu’il y a pas mal de groupes, mais je crois qu’ils sont pas mal partis dans un trip plus « métal », « on fait la gueule », « t-shirts avec des têtes de morts ».

Lad : Et des massues ….

Jéjé : Je sais pas si c’est un avantage, mais on est un peu plus « guignols » que ça, on fait attention à pas trop tomber dans des clichés à la « on tire la gueule parce qu’on fait une musique vilaine ». On est là pour se fendre la gueule avant tout.

MF : Ecce Lex décalque quand même bien la gueule … pourquoi êtes-vous aussi méchants ?

Jéjé : On est pas méchant du tout …

Lad : On est gentil !

Jéjé : Si l’album déboîte, ça veut pas dire qu’on est méchant. Plus il décalque la gueule, plus ça prouve qu’on est gentil. On met sur notre disque tout ce qu’on va pas mettre sur la gueule d’un autre collègue.

MF : Comment s’est mise en place la collaboration avec Mieszko ?

Jéjé : On s’est rencontré lors de la tournée avec Napalm Death et Nasum et ça s’est très vite mis en place. Déjà Napalm Death on a eu plusieurs fois l’occasion de jouer avec eux par le passé, on avait déjà plus ou moins un assez bon contact avec les mecs, là on a eu l’occasion de les connaître un peu mieux, ainsi que Mieszko et Nasum. Avant tout au niveau humain ça c’est bien passé, on a vraiment fait les cochons ensemble. On a décidé, plutôt que rester à enregistrer notre disque comme des papys, on part en Suède pour vraiment s’immerger totalement dedans, c’est bon pour la tête et pour la musique.

MF : Ca se passe comment là-bas ?

Jéjé : C’est un pays super rock’n’roll, tout le monde a des tatouages avec des flammes, des bananes et se ballade avec une contrebasse sur le dos.

Lad : Et les filles ont des jupes en jean, ça c’est mortel !

MF : Pourquoi l’album Argue est aussi peu mis en avant ? On a parfois l’impression que Eyesore est le premier album …

Jéjé : Disons que pour Eyesore, on a eu une distribution et une structure qui nous a permis de nous reposer sur nos lauriers, le truc c’est qu’on est quand même pas mal un groupe de branleurs à partir du moment où il faut passer des coups de téléphone, envoyer des mails ... On a fait pas mal ce genre de trucs pour Argue, mais le label sur lequel on était, Snuff Records, c’est quand même un truc super indépendant : « on vous sort vos disques, mais après faut vous démerder tout seul », mais nous au début, on a pas tellement compris que ça marchait comme ça. C’est à dire que pour aller au charbon, il faut vraiment si mettre tous seul !!!

Lad : Faut pas attendre que les mecs t’appellent pour aller faire un concert, faut envoyer ton disque, bouger ton cul et monter ta tournée tout seul, c’est ce qui fait que, à mon avis, on a pas assez tourner pour Argue, on était peut-être trop jeunes pour se rendre compte qu’il faut se mettre des coups de pieds au cul. Apres avec Eyesore, on a plus eu l’occasion de faire des tournées qui s’appellent des tournées, avec un petit support promotionnel, des t-shirts et ce genre de conneries.

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MF : Vous écoutez quoi en ce moment ?

Lad : J’écoute pas mal de musiques électroniques, techno et compagnie, je suis assez fan. Sinon point de vue métal, c’est surtout Opeth, je suis un grand fan de Opeth. Sinon Jeff Buckley, je suis assez revenu à ça.

Jéjé : Jeff Buckley ça me fait assez chier personnellement, moi je suis plutôt grind-dub, Massive Attack et pas mal de musiques électroniques. J’ai pas tellement acheté des nouveaux trucs en ce moment, je reste sur tout mes vieux trucs grind, Terrorizer, Morbid Angel …

MF : Assez éclectique en somme …

Jéjé : C’est pas parce qu’on fait du métal, du hardcore, ce qu’on veut, qu’on est forcément influencé que par ça, sinon, je crois qu’on tournerai en rond assez vite. On est pas des metalheads.

MF : En clair vous êtes pas Manowar !

Jéjé : Exactement !

MF : Quoi que ça aurait pu être marrant de vous voir jouer en slip !

Lad : On l’as déjà fait !

MF : Vous n'avez jamais tué de dragons ?

Lad : Non, mais on peut essayer.

Jéjé : Le problème c’est surtout de le trouver, le tuer c’est facile, mais le trouver c’est chiant !

MF : Pourquoi ce nouveau pressage de Ecce Lex ( avec bonus piste vidéo ) ?

Jéjé : Il n’y en avait plus du premier pressage, et lors de notre passage en première partie de Converge à Paris au Club Dunois en septembre 2002, on a un pote, Harold, un grand monsieur, qui nous à filmé sous toutes les coutures et qui a monté un truc assez classe, donc, vu qu’il fallait represser l’album, autant y incorporer la vidéo ! Comme la musique qu’on fait est surtout une musique de scène, ça a pas le même impact sur disque, ça permet d’avoir un truc visuel comme support … ça donne une idée de ce qu’on fait sur scène.

MF : En juin vous allez jouer au Fury Fest …

Jéjé : … il paraît qu’il y a Entombed !

MF : … c’est justement le Superbowl of Hardcore ( ancien nom du Fury Fest, ndlr ) qui vous a fait connaître en France, les festivals, c’est plutôt votre truc ou vous préférez jouer dans un petite salle comme ce soir ?

Lad : Les petites salles de concert !

Jéjé : En général, c’est des approches assez différentes, au niveau du feeling que tu ressens sur scène, mais au final, le but à atteindre est le même, c’est de tout détruire !

Lad : C’est mieux quand tu es plus proche, que tu sens les mecs qui transpirent.

Jéjé : On préfère jouer en face des gars plutôt que 2 mètres au dessus, ça fait super mégalo, limite prétentieux, t’es pas près des gens. Je préfère largement, à la limite, jouer par terre …

Lad :Mais c’est pas non plus déplaisant.

Jéjé :C’est quand même cool d’avoir de la place pour jouer, le matos, etc .…

MF : Mais vous préférez ce qui reste à dimension humaine ...

Jéjé : C’est plus cool. En plus le problème avec les grands festivals, c’est que la structure ne favorise pas le contact avec les gens, quand t’as quinze barrières, des barbelés, des miradors et un mec qui surveille avec un flingue, c’est pas comme ça que tu peux aller boire des bières dans la salle et dire bonjour aux gens. On préfère être au contact des gens, on fait de la musique parce qu’on a la chance de rencontrer des gens, de faire les cons ...

MF : Si on vous proposerait aujourd’hui un groupe français ou francophone avec qui jouer, ce serait lequel ?

Jéjé et Lad en chœur : Gojira !

Jéjé : ça blaste sur disque, mais on a pas encore eu l’occasion de les voir sur scène …

MF : Vous comptez rester sur la même direction musicale que Ecce Lex ou des changements sont à prévoir pour le futur ?

Jéjé : Pour Ecce Lex, on s’est pas posé de questions sur ce qu’on allait faire, à la base. On est rentré en studio, on ne pensait pas du tout en ressortir avec un truc comme ce qui en est ressorti, moi je pensais que ça allait être super bourrin …. on prend la musique telle qu’elle vient. Je pense que le prochain va être encore différent, mais je pense que ça va encore bourrer, je tiens beaucoup à ce que ça bourre.

MF : Rien n’est défini à l’avance …

Jéjé : C’est vraiment se créer des barrières que de se définir une ligne. Si tu dis que tu veux faire du grindcore, et que tu ne veux jamais en dévier, t’es pas toi-même, tu n’évolues jamais. Tu fais la musique qui va avec la personne, avec l’humeur du moment, si tu te définies en tant que « métaliste » ou « hardcoreux », tu ne vas pas très loin.

MF : Si demain Javier se mettait à faire du ragga …

Lad big-smileemain ?

Jéjé : Attention ! Il ne faut pas confondre ouverture d’esprit et manque de lucidité ! Moi personnellement une partie ragga ça me ferait chier, j’ai pas envie de jouer dans un groupe où la musique me fait chier. Apres, on est un groupe démocratique, on arrive toujours à se retrouver sur une ligne commune.

MF :Est-ce que vous aimez les chiens ?

Lad : Mouais.

Jéjé : Moi quand j’étais mouflet j’aimais pas les chiens parce qu’un chien avait bouffé mes lapins. J’avais 11 ans et j’étais très triste, depuis je me suis calmé …

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