/// Interview de Orphaned Land

Publié le 06/06/2005 par Bloody,C.filtlh et Claire

C'est avec un grand plaisir que nous avons eu le privilège de pouvoir nous introduire au Havana café pour une petite interview avec Kobi Farhi qui nous explique le parcours du groupe durant ses huit années d'absence.

Mf : Votre nouvel album sort après 8 ans d’absence, qu’avez vous fait pendant cette période?

Kobi : Chacun de nous s’est concentré sur sa vie personnelle. Certains se sont occupés de leur carrière professionnelle, d’autres se sont mariés, d’autres ont ouvert un magasin de disques et nous avons eu quelques problèmes personnels entre nous. Nous n’avons jamais eu l’intention d’abandonner le groupe mais nous avons décidé ensemble de le mettre de côté pendant quelques temps et puis les années ont passé…Chacun a mis son énergie dans sa propre voie, nous avons eu besoin de ce temps pour être nous même et revenir mais nous avons toujours cru en ce que nous faisons.

Mf : Pourquoi avoir quitté Holy Records et avoir rejoint Century Media ?

Kobi : Nous avons sorti 2 albums avec HR, qui sont restés de très bons amis et qui ont fait un travail énorme sur « Sahara » et « « El Norra Alila ». Nous avons simplement senti qu’il était temps de progresser : comme un adolescent qui grandit, qui veut quitter la maison de ses parents pour avoir sa propre maison et si possible plus grande. C’est ce qui s’est passé, parce que nous sommes vraiment partis en bons termes avec HR. Century Média est devenu naturellement la prochaine étape pour notre album. La promotion est beaucoup plus grande ; Ce n’est pas que Holy Record était mauvais et que Century Média est bon, c’est une question de moyens et il est actuellement le meilleur label underground que l’on puisse trouver. C’est vraiment un très gros label avec les moyens de promotion en conséquence. Vous voyez nous sommes sur notre propre tournée avec Paradise Lost ce qui est super pour nous. C’était strictement un changement pour avoir plus d’exposition et de promotion, pour nous trouver un nouveau « foyer » capable de nous lancer beaucoup plus loin que n’aurait pu le faire Holy Record.

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Mf : C’est votre premier concert en France ?

Kobi : Nous en avons fait un à Montpellier, il y a celui de Toulouse et un autre à Paris.

Mf : Musicalement, comment vois-tu votre évolution entre « Mabool » et vos albums précédents ?

Kobi : Je pense qu’il y a le même esprit qui est l’esprit d’Orphaned Land. On peut simplement dire que les musiciens sont plus mûrs et qu’ils ont acquis de l’expérience durant ces huit années d’absence. En fait nous avons grandi. Quand nous avons réalisé « Sahara » et « El Norra Alila » nous avions entre 16 et 20 ans et maintenant nous sommes dans la trentaine. Nous sommes restés les mêmes et nous aimons toujours les mêmes choses mais notre musique est devenue plus progressive et le concept est devenu plus fort.

Mf : Dream Theater semble être votre principale influence ?

Kobi : Une parmi beaucoup ! Nous avons beaucoup d’influences venant des pays du Moyen Orient. Nous écoutons tous les genres de musique. Les membres du groupe viennent de différents endroits et de différentes mentalités du fait de la création d’Israël il y a 57ans qui a attiré des gens d’Europe, d’Asie, d’Afrique… Il y a beaucoup de mentalités différentes dans un seul pays qui nous fournissent toutes sortes d’influences musicales y compris du jazz et d’autres genres musicaux. Quand vous écoutez « Mabool » vous voyez tout de suite qu’il y a beaucoup d’inspirations dans notre musique ; Dream Theatre n’est que l’une d’entre elles.

Mf : Tu as écouté leur dernier album « Octavarium » ?

Kobi : Non. J’ai entendu dire qu’il est très bon. En fait je ne les ai pas écouté depuis « Scenes from a memory ». Je suis un fan inconditionnel de cet album.

Mf : Votre style est unique ; d’où vous vient l’idée du mélange de la musique orientale et du métal ?

Kobi : La plupart d’entre nous viennent du moyen Orient, nous vivons ici, tous nos amis écoutent la musique d’ici. Nous baignons dans cette atmosphère, le climat, les instruments…

Mf : Il y a beaucoup de groupes locaux qui font ce genre de métal ?

Kobi : Le même non. Il y beaucoup de groupes certes mais malheureusement il font du death metal ou du black à la manière norvégienne et la plupart n’intègrent pas les influences locales comme le fait Orphaned Land. Pourtant je crois que les groupes de chez nous y gagneraient car en fait tout le monde connaît les groupes de Suède et d’ailleurs, d’Europe, des USA, d’Amérique du Sud. Ce serait une grande contribution d’avoir de nouveaux groupes du Moyen Orient insufflant leur propre folklore, leurs instruments dans le métal. J’espère que l’avenir nous amènera plus de groupes comme O.L. ou d’autres.

Mf : Sur votre site on peut lire « un tango entre Dieu et Satan ». C’est comme ça que vous voyez votre musique ?

Kobi : Tout a fait. Parce que nous mêlons différents éléments de toutes les religions, nous mêlons les musiques, les instruments du passé comme le « oud », le « saz », le « buzuki » avec les guitares électriques et nous essayons toujours de faire un mélange des cultures, des langages. Nous utilisons ensemble toutes ces choses qui, dans un autre contexte, pourraient être sources de conflits. Nous essayons de montrer aux gens que la paix est possible dans leur vie de la même manière qu’elle l’est dans notre musique.

Mf : Orphaned Land est un excellent message de paix pour le Proche Orient. Vous êtes israéliens mais cela ne vous empêche pas de donner des concerts dans des pays musulmans où vous recueillez d’ailleurs un assez gros succès. Partages-tu cette opinion et comment vois tu la situation évoluer dans votre pays ?

Kobi : Il règne le plus grand désordre. Mais je ne suis pas impliqué dans la politique parce que je pense que c’est une erreur, je veux rester en dehors. Alors qu’O.L. essaie de donner de l’espoir aux gens, dans le même temps les médias, les infos, les dirigeants alimentent la confusion et le désespoir. Ce contexte est nourri pour pousser les gens à sa battre, à tuer, à mourir alors que notre démarche est exactement inverse, c’est pour ça que pour moi, envoyer les gens à la mort est une erreur. Comme si la vie humaine ne valait rien ou si peu ; la prendre si facilement, là est l’erreur. C’est mon opinion et j’espère que nous pourrons aider dans un sens pour la paix parce que nous avons des fans aussi dans les pays arabes. Nous mélangeons des éléments provenant de partout dans le monde et même des personnes habitant des pays ennemis d’Israël aiment O.L. et pensent que nous représentons très bien toutes les cultures.

Mf : Vu ce qu’il se passe dans le monde au nom des religions, n’est il pas contradictoire d’utiliser un discours religieux pour un message de paix entre les peuples ?

Kobi : Non. Ce sont les politiciens qui déforment la religion dans leurs intérêts. A la base, la religion n’édicte que des lois morales : être charitable, être amical, ne pas tuer, elle parle d’amour, de respect…C’est la base et c’est l’interprétation qui diffère selon chacun qui va comprendre différemment de son voisin. Tu le lis et je peux te dire « j’ai compris que je dois tuer », tu vas me répondre « non, j’ai compris le contraire, je ne dois pas tuer ». C’est à ce niveau là que se situe l’erreur.

Mf : Maintenant que vous avez entamé les premières scènes françaises, avez-vous l’intention de faire d’autres tournées en France ?

Kobi : Oui, nous apprécions énormément la France. Les 2 albums que nous avons enregistrés avec Holy Record nous ont apporté beaucoup de fans en France, nous recevons énormément de lettres, et nous avons pas mal d’amis ici. En fait c’est un réel plaisir de jouer ici, et après notre prochain concert à Paris nous avons bien l’intention de revenir plus tard !

Mf : Pourquoi avoir mis autant de temps à venir en France, est-ce dû à votre changement de maison de disques ?

Kobi : On peut le dire ainsi. En fait pour tout le monde c’est très dur de faire venir un groupe d’Israël en Europe. Si tu viens de Grande Bretagne tu montes dans un car et tu commences la tournée. Mais d’Israël, il faut tout déplacé par avion et c’est nettement plus compliqué. C’est sûr que Century Media étant un plus gros label, ils ont eu plus de moyens à investir pour nous dans cette tournée.

Mf : Pourquoi Shlomi n’est elle pas avec vous ?

Kobi : Parce que nous sommes déjà 6 personnes. Par exemple Paradise Lost ne sont que 4. D’habitude quand nous jouons en Israël nous sommes 8 ! Ici nous ne sommes pas encore suffisamment célèbres pour nous permettre de faire venir tout le monde mais j’espère bien que quand nous aurons de plus en plus de succès elle viendra aussi. Sa voix est vraiment extraordinaire, unique !

Mf : Que pensez-vous du public français ?

Kobi : Le concert que nous avons fait à Montpellier était génial. Le public a été très réceptif. Ils ont été impressionnés par notre musique. Mais à la base le public français est très ouvert à tous styles de musique, à la notre comme à la musique orientale en général.

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