/// DARKSPACE

Dampfzentrale, Berne (CH) (06/09/2014)

Publié le 10/09/2014 par Dzo

DARKSPACE III-I Encounter

 

La sortie d'un album de Darkspace peut être aisément considérée comme un évènement de taille dans le milieu du Metal extrême. Alors, lorsque l’annonce d’une nouvelle rencontre live entre le trio suisse et son public à l’occasion de la sortie de III-I est arrivée jusqu’à moi, mon sang n’a fait qu’un tour et il n’aura fallu que quelques minutes pour me procurer les places de cet évènement, qui, à mes yeux, est sans doute l’un des plus importants musicalement de cette année 2014.

A l’instar de Blut Aus Nord, j’ai toujours été fasciné par cette formation qui cultive un mystère permanant presque absolu, le groupe ne laissant parvenir que très peu d’informations sur lui, il suffit de regarder de plus près leur site officiel pour se faire une idée. Pourtant, en quatre albums aussi puissants qu’impressionnants, Darkspace s’est indéniablement forgé une très solide réputation, que ce soit grâce sa discographie édifiante ou par ses prestations live dantesques.

Et ce n'est pas l'annonce de III-I sous forme de message en langage morse qui va arrêter mon ascension permanente de fascination envers ce groupe.

Malgré une recherche approfondie sur Internet, pas la moindre promotion ou quoi que ce soit d’autre sur l’évènement « Darkspace III-I Encounter» de ce Samedi 6 Septembre 2014. C’est donc quasiment avec des œillères que nous nous rendons à Berne, capitale suisse et ville d’origine de la formation.

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Il y a six ans, je me rendais dans cette même ville pour découvrir III sur scène, dans une salle en forme d'arène. Si d’habitude, il est très facile de se procurer des places de concert pour un groupe lambda, c’est un petit peu plus compliqué avec Darkspace. En effet, tout était méthodiquement étudié par le groupe, puisqu’il fallait d’abord commander ses places sur Internet, pour les recevoir ensuite dans une enveloppe totalement noire, cette dernière contenant la place de concert, totalement noire elle aussi avec pour seule écriture un numéro au recto et le logo du groupe au verso. Un plan (lui aussi en noir) avec quelques indications sur le déroulement de la soirée ainsi que les coordonnées GPS du lieu de rassemblement était joint. Et n'imaginez pas que le numéro de place qui apparaissait sur le ticket était le fruit du hasard, puisque ce même numéro servait à acheter le soir du concert (et uniquement ce soir-là) l'édition III limitée à 500 exemplaires numérotée à la main, à raison d'une pièce par personne. Vous l'aurez compris, Darkspace ne laisse à aucun moment place à l'approximation, ce qui rend le groupe d'autant plus fascinant et énigmatique.

Six ans après, pour cette nouvelle rencontre du troisième type à l’occasion de la sortie de III-I, ce sont des places banales que nous avons reçu, une petite déception à ce niveau là, mais qui, rassurez-vous, sera la seule de cet éprouvant périple auditif et visuel.

Après une après-midi à la découverte de la capitale suisse et un bref salut aux ours de Berne, nous nous rendons au Dampfzentrale, une salle de concert à quelques pas du centre. Le lieu m’est inconnu, la prestation de III en 2008 ayant eu lieu au Konvex 02.

Les portes de la salle s’ouvre aux alentours de 21h, enfin, dans un premier temps nous avons uniquement accès à l’imposant hall d’entrée où trône également un grand bar. A l’entrée, en échange de nos billets, nous recevons un ticket donnant accès au St Graal de ce soir, à savoir l’édition numérotée de III-I.

Seulement, les choses se compliquent un peu à ce niveau là. En arrivant au merchandising, un panneau indique que l’album en vente ce soir à un défaut de fabrication purement esthétique, à savoir que le CD est en couleur silver au lieu d’être intégralement en noir comme les opus précédents. Deux choix s’offrent à nous; soit repartir avec l’édition en l’état, soit commander la version corrigée et la recevoir d’ici deux semaines via courrier. Le choix n’est pas facile, mais cette question cruciale se posera plus tard car ce dernier ne sera en vente dans tous les cas qu’après le concert.

Nous sommes également informés que le show se déroulera sous forme de deux sets, interrompus d'une pause qui durera approximativement vingt minutes.

C’est sous les notes d’un Dark ambiant teinté d’éléments psychédéliques de DJ Fearplay que nous prenons notre mal en patience, toujours dans ce grand hall à l’ambiance tamisée. De plus en plus de monde s’affère près de l’entrée de la salle, qui restera fermée jusqu’à 22h35. A l’ouverture, le public s’engouffre dans la salle, plongée dans le noir avec seulement quelques éclairages bleu sur scène. Quelques minutes plus tard, Zorgh, Zhaaral et Wroth gagnent la scène. Automatiquement, les gens se turent, comme si leurs seules présences faisaient déjà effet.

Le trio est vêtu sobrement en noir avec des vêtements amples, grimé d’un Corpse Paint plus travaillé que le classique qu'on retrouve dans le Black Metal. C’est dans un silence presque inquiétant que les premières notes de 2.8 sont lancées, le voyage peut enfin commencer.

La première partie du concert est axé sur les chansons des trois premiers opus, puisque seront interprétés 2.8 (morceau qui frôle les 25 minutes), 1.4 ainsi que 3.13. Le son est très bon, propre et permet d’apprécier le show sans bouchons.

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Une fois n’est pas coutume, tout est minutieusement étudié sur scène, que ce soit l’éclairage qui joue un rôle prépondérant, ou le comportement du trio qui se montre distant et inflexible, donnant ainsi encore plus de mysticisme à tout le concept qu’il y a derrière Darkspace et sa musique.

Bordé entre Black Metal, Dark Ambiant, touches industrielles et avangardistes, la musique des suisses est unique, inimitable, maniée d'une main de maître par un trio qui sait ce qu'il fait et qui maîtrise son sujet jusqu’au bout des ongles. Bien plus qu'un groupe, Darkspace est tout un concept; il y a le groupe avec sa musique, et toute l'aura noire et le mystère qui l'entoure.

Une prestation de ce type, dans un cadre comme ça, est incomparable avec une prestation au Hellfest par exemple. Je ne dénigre absolument pas le festival, bien au contraire, mais un groupe de cette envergure n'est pas quelque chose à voir, à entendre et à ressentir entre Morbid Angel et Manowar.

L'ambiance y est si particulière, immersive, intriguante et prenante qu'on ne peut pas passer à autre chose immédiatement après. Justement, je crois que l'emprise d'une telle prestation se réalise quelques heures, quelques jours après avoir assisté au concert. On se demande si c'était bien réel, que durant ces deux heures de concert, le temps s'est arrêté, la Terre a cessé de tourner, que le chaos sonore de Darkspace était la seule religion présente et dominatrice.

Chaque morceau est jouée avec une justesse incroyable, les grattes délivrent des riffs saturés à la lourdeur peu commune, la basse est également bien mise en avant, soutenue par la boîte à rythme qui remplie bien son rôle et ne fait que déshumaniser un peu plus la musique du groupe. Seule la voix de Zorgh n’était pas toujours bien distincte, mais cela est un détail au vu de la qualité de la prestation que nous avons eu. Niveau chant justement, les cris glaçants et torturés des trois membres ne font qu’alourdir un peu plus l’atmosphère chaotique des titres. Fort d’intensité, durant 3.13, Wroth pétera une de ses cordes de guitare, mais en bon professionnel, cela s’est peu remarqué et ce dernier a vite rectifié le tir.

Qu'en est-il de III-I?

Et bien, le moins que l’on puisse dire, c’est que les premières notes que le trio a délivré lors du démarrage du deuxième set ont été très surprenantes, la boîte à rythme infernale se montrant très martiale, délivrant ainsi des rythmiques très électro/indus. Un mur de son de plus de vingt sept minutes fidèles aux trois précédents opus s’est abattu sur nous. Des compositions aussi puissantes que dévastatrices qui nous projettent dans l’espace infini et insondable.

Le deuxième morceau, 4.19, a été incontestablement le moment le plus fort de ce deuxième set à mes yeux. Durant près d’un quart d’heure, c’est dans un vortex partagé entre riffs saturés et samples ambiants glaçants que le trio va exceller; les sentiments procurés pendant ce titre sont durs à retranscrire par écrit tellement c’était puissant et intense.

La conclusion se fait sur 4.20, aussi bluffant qu’écrasant par ce véritable mur de son que Darkspace nous a balancé en pleine face. C’est déjà la fin de ce deuxième et dernier set, qui est passé à une vitesse folle, la notion du temps pendant un concert de ce type devient quelque chose de secondaire et futile. C’est sur un tonnerre d’applaudissement d’une foule très respectueuse et admirative que le trio quittera la scène, aussi discrètement qu’ils l’ont gagnée.

Cette deuxième expérience de concert fût donc aussi exceptionnelle qu’éprouvante, un véritable bousculement des sens tout au long de ce chaotique voyage dans l’univers insondable de Darkspace. Une expérience partagée entre fascination et chaos sonore.

Il m’aura fallu prendre mon mal en patience durant six longues années avant de revoir ce groupe, mais l’attente en valait la peine, car au moment où j’écris ce Live Report, les souvenirs obsédants de cette prestation ne cessent encore de se bousculer dans mon esprit.

Après le concert, une fois le précieux en poche (après réflexion, nous choisirons finalement la version avec le « défaut », mais qui reste le cd du soir), nous regagnons la France, encore abasourdis par une telle prestation. L’écoute répétée des tous les albums le lendemain ne fera que confirmer que Darkspace est un groupe de génie qui a encore de beaux jours devant lui. Une expérience édifiante qui ne peut laisser personne indifférent.

 

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Setlist:

1er set:

2.8

1.4

3.13

 

2eme set:

4.18

4.19

4.20

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