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BELORE – Aleevok, 01/02/2021

alexandre ardisson - belore

Aleevok a beau ne sortir son tout nouveau projet solo qu’en 2020, le musicien comptabilise près de quinze ans d’expérience sur scène comme en studio aux côtés de diverses formations, et notamment avec le groupe de black metal DARKENHÖLD, bien connu (et reconnu) au sein de la scène française et internationale.

Indéniablement plus intime et ethéré que ces derniers, mais toujours imprégné de sonorités black, le projet BELORE donne la possibilité au bassiste de se charger de tout, absolument tout, de l’écriture au design en passant par le chant guttural et la production !

Tandis que la sortie de « Journey Through Mountains And Valleys » en versions vinyle et cassette était imminente, nous avons fait un saut dans les contrées provençales de notre pays pour aborder avec Aleevok la conception de ce premier effort, dont la haute qualité a considérablement résonné dans la communauté metal. Et c’est tout le mal qu’on lui souhaite !

 

belore - journey through mountains and valleys

 

Qu’est-ce qui t’a inspiré les histoires développées dans ton premier album ?

Ce sont les ambiances musicales qui ont influencé les thèmes. Au moment où je composais, j’avais certaines images en tête : par exemple, pour The Whispering Mountains, j’imaginais deux hauts pics semblables à ce qu’on peut voir dans les Hautes-Alpes, donc quelque chose de très majestueux et imposant. En commençant à composer, je n’avais pas vraiment de but scénaristique en tête. Les histoires sont venues après.

 

Le morceau The Return Of The Fallen Heroes semble faire référence à un véritable événement historique…

En fait, l’idée m’est venue suite à des recherches sur l’histoire militaire, il y a plusieurs années de cela : j’étais tombé sur un article qui traitait du rapatriement de soldats coréens capturés et abattus lors d’une bataille au XXe siècle, et dont les corps n’ont été rendus aux familles que plusieurs décennies après le conflit. J’ai simplement adapté ça dans un univers médiéval fantastique.

 

Ajouter des sonorités asiatiques pour faire référence à cet événement n’était pas à l’ordre du jour ?

Non : le fait que j’aie inventé cet univers élimine cette notion d’Asie, donc ces sonorités-là n’ont pas leur place. Et puis je trouve que toutes les gammes typées asiatiques ou orientales ont été surexploitées dans le metal… Ce n’est donc pas quelque chose que je ferais naturellement.

 

Tu parlais des Hautes-Alpes. D’autres lieux t’ont-ils inspiré pour la composition de “Journey Through Mountains And Valleys” ?

Il y a les Alpes du Sud, et notamment le parc national du Mercantour, juste à côté de Nice, où j’effectue des randonnées plusieurs fois par an. D’ailleurs, l’image sur le CD est une photo que j’ai prise du lac Nègre, qui se trouve dans la vallée de la Vésubie.

Je tire aussi mon inspiration de mes différents voyages, comme en Écosse. Quant aux photos incluses dans le livret, elles ont été prises en Nouvelle-Zélande. On voit même ce qui a servi à représenter le mont Destin pour le tournage du Seigneur Des Anneaux ! Sur chaque photo, j’ai rajouté un tout petit détail qui n’existe pas sur le cliché original, et pour cette photo-là, j’ai rajouté un château fort. Mais je voulais que ce soit la nature qui prédomine, donc ça reste très discret.

 

T’arrive-t-il de te poser en pleine nature pour écrire ?

Oui, ça m’est arrivé, notamment pour créer des mélodies. Pour le prochain album, j’ai travaillé un peu différemment : beaucoup de mélodies me sont venues pendant des balades. Je me les chantonne avant de les enregistrer sur mon portable, ce qui donne un résultat assez ridicule quand on réécoute ! Mais j’essaie d’enregistrer toutes les harmonies pour éviter d’oublier et afin de les retravailler une fois de retour chez moi.

J’aime aussi faire défiler sur ma télé des images de paysages accompagnées d’une musique d’ambiance, avec des lumières tamisées, des bougies… Cela me permet de me focaliser sur mon univers.

 

 

Combien de temps t’a pris la conception de cet album ?

Entre le moment où j’ai commencé à composer le premier titre et la sortie, trois années se sont écoulées. Au début, je ne comptais pas du tout sortir d’album ! J’avais du temps libre et j’ai commencé à m’amuser à composer des mélodies… Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que j’avais réussi à composer un titre complet, ce qui deviendrait The Whispering Mountains, justement. De là j’ai pris goût à la compo’ et j’ai continué à écrire quand l’envie me prenait. C’est quand les titres se sont accumulés que j’ai songé à en faire un projet solo. Ma récompense, c’était d’avoir un format physique, je me donc renseigné sur la production d’une petite quantité de CD.

Le but n’était pas non plus d’être signé par un label. Malgré tout, j’ai tenté ma chance en contactant notamment Northern Silence Productions. Et j’ai reçu une réponse positive de leur part seulement cinq heures après l’envoi du mail ! J’y ai quand même mentionné le fait que je sois le bassiste live de DARKENHÖLD… Il ne faut pas se leurrer, ça aide ! (Rires) En plus, ils appréciaient déjà le groupe à la base. Je visais ce label en priorité, dans la mesure où ils ont signé des groupes qui m’ont beaucoup influencé tels que CALADAN BROOD, EMYN MUIL, et même SAOR. Ils ont un certain nombre de « one-man band » chez eux qui s’apparentent à mon style musical. C’était donc le label le plus approprié pour ma musique, encore plus pour un projet très underground qui sort de nulle part.

 

L’impulsion de te lancer dans un projet solo ne vient donc pas des limites créatives que t’impose ton groupe principal ?

Pas du tout. Je n’ai aucune frustration vis à vis de DARKENHÖLD : même si la plupart des membres ne prend pas part à la phase de composition, on est quand même très impliqués. On émet des idées, on débat sur les compos’ pour aider Aldébaran sur la production… Tout se passe très bien, je n’avais donc aucun besoin de compenser un manque. Et puis, on est plus que des musiciens de session, et on se connait depuis près de douze ans.

 

J’ai cru comprendre que Silenius de SUMMONING avait écouté BELORE ?

Un ami à moi lui a effectivement envoyé le single Return Of The Fallen Heroes. J’ai eu un retour très objectif qui disait que pour le style, c’était très bien fait. J’en étais vraiment très heureux, et je ne demande rien de plus ! C’est déjà un véritable honneur que SUMMONING ait écouté mon projet, c’est vraiment les papas du style…

 

À l’heure où nous parlons, « Journey Through Mountains And Valleys » est presque sold out…

Je crois qu’il ne reste qu’un exemplaire sur le site du label, et même les sites revendeurs comme Season Of Mist n’en ont plus ! C’était assez inattendu. Je suis assez content que ce pressage soit entièrement parti : le digipack sera officiellement une édition collector, et si un nouveau pressage est lancé, ce sera un boîtier crystal.

 

 

Que retiens-tu des différents retours de la presse ?

Les critiques de manière globale ont été vraiment excellentes. J’ai été très surpris de voir à quel point ma musique a pu toucher toute une audience, que ce soit en France ou à l’étranger : j’ai même vu des chroniques de médias brésiliens sur Youtube ! Récemment, une critique dithyrambique est sortie sur Soil Chronicles et m’a beaucoup touché. Ils ont réellement saisi ce que j’ai voulu faire avec ma musique, où on est vraiment dans le contemplatif.

Une autre remarque m’a fait sourire : je ne sais plus quel webzine a affirmé que j’étais probablement le nouveau SUMMONING français… (Rires) C’est très flatteur, mais ça n’a rien à voir : je n’ai aucune ambition d’en arriver là.

J’en profite d’ailleurs pour remercier tous ceux qui ont partagé le projet sur les réseaux, tous les acteurs et les supporters de la scène française. Quand le premier titre est sorti, ça a fait une sorte de mini buzz, et encore une fois, c’était complètement inattendu. C’est cet enthousiasme qui m’incite à ne pas en rester là et à continuer le projet sur le long terme.

 

Justement, tu as bien avancé sur le successeur : quelles seront les évolutions par rapport à « Journey Through Mountains And Valleys » ?

J’ai effectivement bien entamé la composition. Six titres sont écrits, et je pense que le format sera similaire, même si ça sera un peu plus long. Ce que je peux révéler, c’est que je vais un peu plus axer mon travail sur l’histoire, qui sera plus immersive et concrète. Pour ce faire, je vais essayer de développer différents supports. J’espère sortir ce deuxième album à la fin de l’année. Dans tous les cas, je n’ai pas envie de me presser…

 

belore - cassette audio

(photo : Aleevok)

 

 

Depuis le début de l’année, l’album est également proposé en cassette audio et en vinyle. Était-ce important pour toi de sortir ces formats ciblant les collectionneurs ?

C’était la décision du label, vu que le digipack a bien marché. J’ai donc dû m’atteler aux design intérieurs des deux supports, qui vont être complètement différents et plus élaborés. Je n’avais pas envie de juste sortir un produit dérivé. J’ai vraiment hâte de les avoir entre les mains !

Es-tu toi-même adepte de ce genre de produit collector ?

Je commence à l’être ! Je n’ai pas vraiment une âme de collectionneur, mais j’aime bien les vinyles…

 

DARKENHÖLD a joué au Hellfest en 2018. Quelles ont été tes impressions sur l’organisation et l’envers du décor d’un événement aussi gros ?

C’est vraiment surréaliste… Tout est démesuré, que ce soit la restauration, les déplacements… Pour faire quelques mètres entre les différents lieux, une nuée de navettes 9 places t’attendent pour éviter que tu marches. Je ne pense pas qu’on voie ça dans tous les festivals ! Ce qui m’a vraiment impressionné, c’est de pouvoir prendre mon café à côté de Satyr (de SATYRICON, NDLR) et d’autres grands noms de la scène black qui vont jouer juste après toi ! En coulisses, qu’il s’agisse de « petits » groupes ou d’une tête d’affiche, on est logés à la même enseigne.

Côté live, on a joué dans les meilleures conditions possibles. Tout est carré au millimètre près, et une dizaine de personnes sont là, aux petits soins. Même en terme de technique ou de son, c’est l’une des rares performances où je n’ai pas eu besoin de bouchons d’oreille, alors que la scène est énorme ! En plus, on ne s’attendait pas à jouer devant autant de monde. La foule dépassait de la Temple Stage…

On n’a connu ce genre de conditions live optimales que dans quelques autres festivals, comme l’excellent Cernunnos Pagan Fest, à Paris, ou encore Les Feux de Beltane, organisé par Les Acteurs De L’Ombre Productions avec les brasseries Ouroboros et Couille de Loup. On y profite d’un univers et d’une ambiance qui n’existent pas ailleurs.

 

darkenhöld - arcanes & sortilèges

Votre passage au Hellfest est disponible sur Youtube. Est-ce que tu l’as visionné ?

Oui, et heureusement que la vidéo existe : sur le moment, on est un peu en mode pilote automatique et on ne prend pas forcément le temps de s’imprégner de l’ambiance. On a travaillé d’arrache-pied pendant des mois pour ces 35 minutes. On avait tellement d’appréhension sur la qualité du son qu’on est contents d’avoir ce genre de vidéo pour revivre ce moment-là d’une autre manière.

Pour terminer, peux-tu nous dire ce qui te rend fier dans « Arcanes & Sortilèges », le dernier album en date de DARKENHÖLD sorti en 2020 (et très bien classé dans le Top 10 de la rédaction 😉 ) ?

Avec « Castellum » (2014), « Arcanes & Sortilèges » est celui que je préfère dans notre discographie. J’apprécie son ambiance globale, la cohérence entre les titres et leur lien avec le visuel de la pochette. Encore une fois, notre artiste Claudine Vrac a visé juste : je pense d’ailleurs que de tous nos artworks, c’est celui qui colle le mieux à la musique. Ajouté à cela, le fait qu’il y ait plus d’envolées lyriques et un certain côté heavy donnent une dimension supplémentaire que j’apprécie particulièrement. Même si je n’ai pas participé directement à la composition, je suis vraiment fier de faire partie de ce projet !

 

 

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Photo d’entête : Cléa Nguyen

 

 

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